[scald=64477:sdl_editor_representation]par Gus Trompiz

PARIS (Reuters) - Des pluies abondantes seront nécessaires cet hiver en France pour rétablir le niveau des nappes phréatiques, déjà affectées par la sécheresse du printemps et un début d'automne relativement sec, estime mardi le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Ce constat intervient alors que l'organisme prévoit une diminution des pluies au XXIème siècle, ce qui devrait contraindre les Français à rationaliser leur consommation.

Un été 2011 pluvieux a permis une légère amélioration du niveau des nappes mais des températures supérieures à la moyenne et de faibles pluies en septembre et en octobre - période où les nappes phréatiques commencent habituellement à se recharger - rendent la situation préoccupante.

"Si on doit résumer l'année 2011, on a démarré l'été très tôt et visiblement cette saison dure longtemps", a dit à Reuters Ariane Blum, hydrogéologue au département de l'eau au BRGM.

"Pour l'instant je ne dirais pas que c'est alarmant mais il est temps qu'il pleuve plus que ça, et ce jusqu'au mois de mars", a-t-elle ajouté.

La France a connu en 2011 son printemps le plus chaud depuis 1900 et le plus sec depuis cinquante ans, obligeant les autorités à mettre en place des restrictions d'eau sur la majorité du territoire et à accorder aux agriculteurs plusieurs centaines de millions d'euros d'aides.

Près des 80% des nappes phréatiques en France affichaient des niveaux en-dessous de la normale au 1er novembre, selon le bulletin mensuel du BRGM. Au 1er septembre, seules 63% des nappes connaissaient un niveau inférieur à la normale.

En octobre, les chutes de pluies ont été de 45% inférieures à la normale selon Météo-France. Dans le Sud-Est, toutefois, Le BRGM s'attend à un meilleur remplissage des nappes après les très fortes pluies qu'a connu la région à la fin du mois.

DES ÉTÉS PLUS CHAUDS

Les bassins parisien et aquitain connaissent la situation la plus critique, après plusieurs hivers consécutifs où les pluies n'ont pas été suffisantes, a souligné Ariane Blum.

Le lien entre la diminution des chutes de pluies et le changement climatique n'est pas encore clairement établi, mais les modèles à long terme de Météo-France tablent pour les décennies à venir sur une réduction des pluies de l'ordre de 30% et prévoient des étés plus chauds.

Une conjonction qui signifierait une aggravation des risques de pénurie en eau durant les pics de consommation estivaux.

"Aujourd'hui la situation globale est à peu près bonne, mais si on ne bouge pas, si on reste sur les mêmes besoins et les mêmes prélèvements, on sera dans une situation critique dans 10 ans, 20 ans", dit l'hydrogéologue.

La priorité pour protéger l'approvisionnement en eau serait donc de limiter son utilisation et tous les consommateurs importants comme l'agriculture, l'industrie, et les ménages peuvent contribuer à cet effort, estime Ariane Blum.

Le secteur agricole français est au coeur d'un débat tumultueux qui l'oppose aux groupes écologistes sur son rôle dans les dépenses en eau.

L'hydrogéologue pointe notamment la nécessité de limiter certaines cultures, comme celle du maïs, très gourmande en eau, ou encore réduire les gaspillages d'eau potable qui atteindraient jusqu'à 20% des volumes en raison de fuites.

RECHARGER ARTIFICIELLEMENT LES NAPPES ?

L'eau potable représente le plus gros volume extrait des réserves souterraines, avec 3,6 milliards de mètres cube pompés chaque année. Comparativement, l'industrie ne pompe qu'1,3 milliard de mètres cube et l'agriculture 1 milliard. Cette dernière se procure essentiellement de l'eau dont elle a besoin depuis des sources de surface, comme les rivières.

Le niveau de la plupart des rivières françaises était proche de la normale au 1er octobre, selon la dernière actualisation effectuée par le ministère de l'Environnement.

Mais, selon Ariane Blum, il ne faut pas se fier à ces niveaux, les niveaux de surface et des nappes étant interdépendants, notamment l'été lorsque les nappes phréatiques permettent d'alimenter les rivières.

Pour résoudre durablement la question de l'approvisionnement, le BRGM étudie différentes options pour recharger artificiellement les nappes, incluant notamment la possibilité d'y injecter des eaux recyclées, ce qui n'est pas autorisé en France pour l'instant.

La côte méditerranéenne est l'une des régions les plus exposées en raison du risque de salinisation dans le cas où les nappes d'eau douce venaient à décliner fortement en raison du tourisme, a encore souligné l'experte.

Marion Douet pour le service français, édité par Valérie Parent

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