La bataille pour Notre-Dame-des-Landes n’est pas nouvelle : la première association d’opposants a été créée en 1972 par des agriculteurs du secteur de Notre-Dame-des-Landes, pour s’opposer au tout premier projet. Dès la relance du projet en 2000, une nouvelle association d’opposants, l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport), a vu le jour. Rapidement, la contestation s’est élargie à des mouvements politiques ou écologistes.

Les arguments

Le principal argument des opposants au projet concerne le territoire : la construction de l’aéroport concerne plusieurs milliers d’hectares sur le territoire de Notre-Dame-des-Landes. Or il s’agit de terres bocagères, donc très adaptées aux exploitations agricoles. Certaines terres, d’ailleurs, sont toujours exploitées par des agriculteurs.

A cela, les opposants ajoutent que la construction du nouvel aéroport n’est pas indispensable, contrairement à ce qu’affirment les pouvoirs publics. Ils préconisent, par exemple, pour éviter le survol du centre-ville de Nantes et permettre d’accueillir plus de trafic, la construction d’une seconde piste d’atterrissage perpendiculaire à la première, sur l’aéroport de Nantes-Atlantique.

Françoise Verchère, conseillère générale de Loire-Atlantique et ancienne maire de Bouguenais, commune sur laquelle l'actuel aéroport est implanté, fait partie des opposants au projet. Elle était l'invitée du journal de 13h du 14 novembre 2012 :

Les intervenants

Le tissu associatif des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est très varié. La première contestation provient de collectifs d’agriculteurs directement concernés par l’installation du futur terminal sur leurs terrains, mais aussi de riverains, d’habitants des communes avoisinantes, qui ne souhaitent pas voir un aéroport arriver à proximité de leur domicile

Mais à cette contestation purement locale viennent s’ajouter des organisations d’envergure nationale ou internationale, comme Greenpeace ou Europe Ecologie-Les Verts. L’implication des organismes nationaux dans le débat a d’ailleurs des conséquences sur des questions et des négociations d’envergure : Greenpeace et Les amis de la Terre ont fait part de leur refus de participer au futur débat national sur l’écologie. « Nous ne croyons plus à la volonté du Gouvernement de participer à la transition énergétique », dit Greenpeace, citant Notre-Dame-des-Landes parmi les exemples témoignant du « manque de volonté » du gouvernement.

La controverse a également investi le champ politique : un collectif comptant quelque 150 élus, le CéDpa (pour « Comité d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport »), a été créé en 2009. Il compte notamment des sénateurs et des députés. Pendant la campagne présidentielle, les candidats se sont eux aussi investis dans le débat : Eva Joly a notamment qualifié ce projet « d’un autre temps ». Toutefois, l'investissement des personnalités politiques n'est pas nécessairement bien accueilli par une partie des opposants : en prévision de la manifestation de "réoccupation" du 18 novembre, les militants anticapitalistes qui occupent les lieux ont fait savoir que "les bureaucrates et les figures médiatiques d'EELV ne sont pas les bienvenus" à leur manifestation.

La contestation semble avoir connu un tournant au début du mois de juillet dernier, avec l’organisation, à Notre-Dame-des-Landes, d’un « Forum européen contre les grands projets inutiles et imposés ». Avec la présence de nombreux militants opposés à des projets de construction partout en Europe (une ligne à grande vitesse en Italie, un réacteur EPR finlandais), ainsi que d’associations altermondialistes, le petit village de Notre-Dame-des-Landes est devenu un symbole de la contestation contre ces projets, à l’instar de la lutte des paysans du Larzac contre l’extension d’un camp militaire, dans les années 1970.

Le 30 octobre dernier, Patrick Warin, ancien directeur de la Caisse des Dépôts et Consignations, et membre de l’équipe de campagne de François Hollande, lui a adressé une lettre ouverte pour le sensibiliser à la situation et le mettre en garde :

Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser les positions politiques chèrement acquises, car vous n'imaginez pas l'immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutien politique à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s'isoler (…). Vous êtes face à un nouveau Larzac !

Les actions

Plusieurs recours en justice ont été tentés pour stopper le projet d’aéroport. Les associations locales, puis les organismes nationaux et les partis politiques (en particulier Europe-Ecologie-Les-Verts), ont tenté plusieurs recours devant le Conseil d’Etat, tous rejetés. Un autre recours, cette fois devant la Cour de justice de l’Union Européenne, a été déposé.

Plusieurs manifestations ont également eu lieu dans les rues de Nantes ou au sein même du village de Notre-Dame-des-Landes, pour protester contre le projet.

Lors d'une manifestation en juin dernier, Marie Bertin était sur place :

Au mois d’avril 2012, deux agriculteurs directement concernés par la construction de l’aéroport ont entamé une grève de la faim. Ils ne la cesseront qu’un mois plus tard, après la signature d’un accord avec le Parti socialiste de Loire-Atlantique, garantissant qu’il n’y aurait plus d’expulsions sur les terrains pas encore acquis par le Conseil général, tant que tous les recours en justice n’ont pas été épuisés.

Mais l’opération la plus spectaculaire est sans aucun doute la « zone à défendre ». Sur le territoire de la fameuse « Zone d’aménagement différé », des opposants occupent des habitations délaissées. Leur mot d’ordre : réfléchir à une autre façon de « vivre ensemble », en inventant un système alternatif au capitalisme. Ces occupants appartiennent à des mouvements très différents, de l’écologisme à l’anarchisme. L’opération « César », lancée par les pouvoirs publics le 16 octobre, pour évacuer cette zone occupée. Une opération qui donne lieu à des affrontements violents entre les occupants et les forces de l’ordre. Une manifestation de « réoccupation » est prévue le 17 novembre, des élus écologistes ont également annoncé leur participation.

Le Zoom de la rédaction était consacré à la situation sur le terrain, le 14 novembre dernier. Ariane Griessel :

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