La répression contre les opposants chinois est toujours une réalité. Mais ces dernières années, elle s'est assouplie dans certains domaines. Car les conflits sociaux ou le mécontentement général sont de plus en plus visibles et incontrôlables. Tout le monde ou presque l'admet en Chine : la transition démocratique doit se faire, les divergences ne portent que sur la vitesse à adopter pour la réaliser...

La contestation sociale

La contestation politique a beau être encore taboue, la contestation sociale, elle, ne cesse d'augmenter. Les émeutes ou les grèves se sont multipliées ces derniers années dans le pays... Parfois avec succès. Les salaires grimpent petit à petit suite à des mouvements sociaux. Selon une étude de la banque Natixis, le coût de la main d'oeuvre en Chine sera du niveau des Etats-Unis dans quatre ans, de la zone euro dans cinq. Même les ouvriers migrants du pays, souvent les plus mal payés, ont désormais un salaire plus important. Les ouvriers des groupes japonais Toyota ou Honda ont récemment obtenu des augmentations en faisant grève.

Autre illustration marquante, les grèves à répétition chez Foxconn, le sous-traitant chinois qui fabrique des composants pour l'iPhone d'Apple (notamment). La dernière remonte à début octobre. Auparavant, ce sont les suicides qui avaient marqué les esprits au sein du groupe chinois. Soucieux de son image, Apple avait alors enquêté sur les conditions de travail sur place, avant de décider une augmentation de salaires spectaculaire et des horaires de travail un peu moins importants.

Ces mouvements sont également spontanés. Pas question de compter sur une organisation syndicale pour se faire entendre, toutes sont affiliées à une fédération unique, sous contrôle du Parti. Toutefois le syndicalisme chinois commence à prendre, de plus en plus souvent, le parti des travailleurs. Une position plus facile à tenir quand l'employeur est étranger, comme c'est le cas pour Toyota, Honda ou Foxconn.

La volonté d'émancipation des minorités

La Chine vit aussi au quotidien avec une opposition ethnique. En plus des Hans, qui représentent 92% de la population, le pays compte 55 nationalités, soit 100 millions de citoyens. Parmi elles, deux revendiquent leur indépendance.

  • Les Ouïghours

Ils sont installés dans la province du Xinjiang, qu'ils appellent le Turkestan oriental. Depuis longtemps, ces populations musulmanes revendiquent leur indépendance (leur province a été annexée par la Chine à la fin du XIXe siècle). Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, l'opposition s'est structurée au sein du Mouvement d'indépendance du Turkestan oriental (considéré comme une organisation terroriste non seulement en Chine, mais aussi par les Etats-Unis et l'ONU). Depuis la fin des années 1990, de nombreuses autres organisations indépendantistes ouïghoures se sont développées, revendiquant leur indépendance au nom de la démocratie et des droits de l'homme.

Le problème, c'est que la région du Xinjiang est cruciale pour la Chine. C'est la seconde région productrice de pétrole du pays, et elle assure un tiers des ressources en gaz naturel. C'est aussi une région stratégique, au carrefour des gazoducs et oléoducs de la région. D'où une répression très sévère contre les Ouïghours, comme en 2009 après des émeutes particulièrement violentes dans la région.

  • Les Tibétains

La question tibétaine est elle aussi très sensible pour la Chine. Selon la version officielle chinoise, le Tibet appartient historiquement à la Chine et n'a jamais été un État souverain. Pour les Tibétains, et en particulier pour leur gouvernement en exil, le Tibet est au contraire un État indépendant. Et il comprend les provinces qui font maintenant partie de la République populaire de Chine.

Difficile de savoir précisément ce qui se passe au Tibet, tant les deux camps se contredisent. La Chine ne laisse sortir que peu d'informations sur la situation tibétaine actuelle. Mais selon le parlement tibétain en exil, la zone est devenue une gigantesque prison.

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La contestation sur les réseaux sociaux

C'est une vraie nouveauté à laquelle le pouvoir chinois a dû s'adapter ces dernières années. La solution trouvée par la Chine est simple et radicale : il est impossible de se connecter aux réseaux sociaux mondiaux comme Facebook ou Twitter. L'accès est bloqué : seule une infime partie de de la population (environ 0,04%) possède un compte Facebook. Pour compenser, le pays a développé ses propres réseaux sociaux. Le premier, c'est RenRen, un réseau social étudiant. En deuxième position, Weibo, le Twitter chinois, devenu le refuge des opposants.

Car si ce choix de "réseaux locaux" permet d'éviter toute contamination par les idées extérieures à la Chine, il n'empêche pas les Chinois d'y développer leur propre contestation. Les Weibos sont ainsi devenus de véritable plate-formes de mobilisation sociale. D'autant que les moyens de la censure chinoise sont encore limités face à l'ingéniosité des internautes : si un mot est censuré, il suffit d'utiliser une abréviation ou un code. En face, le pouvoir ne peut que dénoncer Internet, "fabrique à rumeurs" . Il y a quelques mois, une fausse information avait créé la panique chez les hauts dignitaires chinois : on y évoquait un coup d'Etat à Pékin, avec déploiement de chars dans la ville. Du virtuel, seulement... Pour l'instant.

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