Les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect. Un collège de "grands électeurs" votent, au scrutin majoritaire à deux tours, dans les départements qui élisent trois sénateurs maximum, ou à la représentation proportionnelle, dans les départements où quatre sénateurs ou plus sont élus.

Dans chaque département, le collège électoral se compose:

  • des députés

  • des conseillers régionaux

  • des conseillers généraux

  • des délégués des conseils municipaux

Les délégués des conseils municipaux représentent à eux seuls 95% des grands électeurs.

Les "particularités" de ce mode de scrutinune chronique d'Hélène Jouan

J’aime bien le Sénat parce que le rôle des femmes y est éminent.

Non, je ne parle pas du nombre de femmes sénatrices, moins de 22%.

Pas franchement la parité même si la loi oblige désormais même les sénateurs, à établir des listes « chabadabada » un homme /une femme.

Mais certains avaient trouvé la parade aux dernières élections : plutôt que de faire élire un homme et une femme dans leur département, des petits malins, à l’ump notamment, avaient préféré monter des listes dissidentes. Du coup, seule la tête de liste était élue sur chacune de ces listes, et comme c’était toujours un homme on s’est retrouvé dans des départements avec un homme et puis un homme… ça fait 2 hommes ; plutôt que de laisser la place aux femmes… Bien joué les gars !

Non, ce n’est donc pas pour ça que la place des femmes est importante au Sénat. Elle est éminente parce qu’on compte beaucoup sur elles pour… voter ! Pour voter, comme leur mari le leur demande, voire pour leur mari dans le meilleur des cas!

Vous avez évidemment en tête la délicieuse saillie de Pierre Charron, candidat UMP dissident à paris, à propos de sa rivale Chantal Jouanno, candidate officielle : « Elle sera forcément élue, a-t-il affirmé la semaine dernière, elle est tête de liste ! Qu’elle soit sur les tatamis ou au lit, elle est tête de liste »…

Et bien pour être élu lui, Pierre Charron n’a pas l’intention de mettre sa rivale KO sur le tatami. Il a trouvé moins sportif, et moins voyant aussi : choisir sa femme pour électrice !

Dominique Jarousseau épouse Charon est en effet inscrite sur la liste des délégués désignés par les conseillers de Paris pour voter le 25 septembre prochain lors des sénatoriales!

Il n’est pas le seul à compter sur sa dulcinée. En réalité Pierre Charon profite d’une incongruité du scrutin sénatorial : chaque conseiller de Paris doit en effet désigner treize délégués supplémentaires pour composer le corps des grands électeurs parisiens Alors chacun choisit un militant, son chauffeur, papa, maman, tatie, et Chérie. Du coup, les épouses des conseillers de Paris sont légions.

Jean Tiberi désigne tout naturellement Xavière Casanova épouse Tibéri pour voter à sa place, et on retrouve, des épouses Goasguen, Dominati, Hélard, Charzat, tous élus de Paris, et même Marie-Caroline Becq de Fouquière, épouse Ferry est enrôlée. Bon, elle, son mari n’est pas candidat.

L’intérêt ? Et bien c’est d’abord que le vote est obligatoire pour les sénatoriales sous peine d’amende, et si on choisit bien ses amis, et plus sûrement encore son épouse, on peut facilement les convaincre de voter correctement, voire pour soi dans le cas de Pierre Charon !

Au total, ces électeurs désignés dans le giron familial ou amical représentent tout de même 95% du corps électoral des sénateurs. On mesure mieux l’extraordinaire démocratie d’un tel scrutin !

A cette anomalie près, j’aime bien le Sénat.

Parce que je sais bien que tout le monde semble s’en f… complètement, mais dans 13 jours très exactement, le palais du Luxembourg pourrait bien être le lieu d’une révolution.

Si, vous avez bien entendu. Sénat/Révolution.

En réalité, le Sénat pourrait juste basculer à gauche. Et ce serait ça qui serait révolutionnaire. Juste l’alternance ! Ce n’est jamais arrivé sous la Ve République, et le Sénat a même été inventé pour ne jamais être à gauche. Il était censé incarner les territoires de France et ses collectivités… Bref, la France rurale et conservatrice. Pas de chance, la gauche a grignoté ces territoires depuis six élections locales. Elle croit aujourd’hui en ses chances de faire tomber le Sénat, même si ce n’est pas joué.

En tout cas, la perspective de cette éventuelle cohabitation inédite à sept mois de la présidentielle, est constitutionnellement réjouissante.

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