C'est une tradition, la poésie pachtoune est un instrument de rebellion. Lelanda i très répandu est une forme à deux vers, facile à mémoriser et à véhiculer. On le récite, on l'apprend, on le répète. Il doit être accrocheur. Le plus célèbre date de la guerre avec les soviétiques dans les années 80

Que ton avion s'écrase et que le pilote meure, Toi qui déverses des bombes sur mon cher Afghanistan .

En pachtoune, landai signifie, "petit serpent venimeux".

Au sujet de la présence militaire occidentale, il en est un qui dit " A Kaboul, les américains combattent les Talibans, là bas derrière les montagnes, ils les entrainent" .

Mais les femmes afghanes qui ont repris l'usage de ces poèmes à leurs comptes ne veulent pas distiller du venin. C'est la langue de leurs coeurs et leurs tripes. Sans artifice et au péril de leurs vies.

Taliban, tu m'interdis d'aller à l'école. Je ne deviendrai jamais médecin. Pense à une chose : un jour tu tomberas malade.

Ce quadrain fut porté comme un étendart sous le régime des talibans entre 1996 et 2001. L'aiguille dorée était en facade un atelier de couture où les femmes se retrouvaient pour repriser. En fait, il s'agissait d'un cercle littéraire clandestin où la passion de l'écrit et de la lecture l'emportait.

Aujourd'hui, chaque semaine et à visage découvert, des femmes se réunissent au ministère de la condition féminine de Kaboul. Dans ce cercle littéraire appelé Mirman Baheer , des jeunes femmes apprenent le style d'une écriture. La rage doit être dépassée . On parle aussi de livres.

Mais les femmes qui viennent appartiennent à l'élite. Ou sont de jeunes universitaires urbaines.

Femmes Afghanes
Femmes Afghanes © Radio France / SR

Sur les 15 millions de femmes que compte l'Afghanistan, 11 millions vivent en milieu rural dans des zones reculées. Et 700 000 d'entre elles, soit à peu près 5% de la population féminine atteignent un niveau d'études similaire au bac.

Consciente de cet obstacle, Saheera Sharif du cercle Mirman Baheer encourage les femmes dans les campagnes à téléphoner pour réciter leurs landa i. Souvent analphabètes, leurs vers sonnent comme un rap et expriment une série de frustrations qu'elles ne contiennent plus .

Obligés de se marier jeune à un homme, souvent un plus vieux dont elles ne veulent pas, ces femmes extériorisent ainsi leur refus

"Faire l'amour à un vieillard, c'est comme baiser avec une tige de maïs flasque noircie par la moisissure".

Zarmima est une figure martyre. Elle téléphonait souvent au cercle. Mais un jour, ses parents l'ont surprise en train de reciter un quadrain d'amour. Ils n'ont pas supporté ce qui s'apparentait à un crime adulterin. Ils l'ont battue et enfermée. Elle s'est immolée par le feu.

Ce qui s'exprime dans les landai , c'est préférer la mort à la vie qu'elles doivent mener. Aucune d'entre elles ne connait son age. Les dates de naissance ne sont pas inscrites et retenues pour les femmes "Je suis comme une tulipe dans le désert. Je meurs avant de m'ouvrir. Et la brise du désert éparpille mes pétales".

Ici, il n'est plus question de talibans ou de fondamentalistes, mais bien du rapport entre les Afghans et les Afghanes et leurs interprétations du Coran .

"Dans l'Islam, conclut Saheera, Dieu a aimé le prophète Mahomet. Je vis dans une société où aimer est un crime. Si nous sommes musulmans, pourquoi serions nous ennemis de l'amour ? Ce n'est pas ce que dit le Coran ".

Eric Valmir

@EricValmir sur Twitter

à partir du travail d'Eliza Griswold , auteur américaine " Why Afghan women risk death to write poetry"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.