Emma Bovary
Emma Bovary © radio-france
### Les portraits de vos héros de papier **par Christophe Payet** **L'écrivain canadien Brian Joseph Davies vient de créer un site internet, The Composites, où il créé le portrait-robot des personnages romanesques à partir d'un logiciel utilisé par certaines polices nord-américaines.** **Une expérience inédite.** Si vous reconnaissez cette femme, alors vous êtes sans doute un lecteur perspicace de Gustave Flaubert. Selon le très précis et très scientifique logiciel de reconstitution faciale de la police, il s’agirait d’Emma Bovary. Elle est soupçonnée de se cacher dans les rayons des librairies et bibliothèques sans jamais montrer son visage. **Voici la description qui nous est livrée par le seul témoin oculaire, monsieur Gustave F. :** « _Elle était pâle partout, blanche comme du linge ; la peau du nez se tirait vers les narines, ses yeux vous regardaient d’une manière vague. Pour s’être découvert trois cheveux gris sur les tempes, elle parla beaucoup de sa vieillesse. (...) Ses paupières semblaient taillées tout exprès pour ses longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu’un souffle fort écartait ses narines minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu’ombrageait à la lumière un peu de duvet noir._ »
Isabelle Huppert
Isabelle Huppert © radio-france
Jusqu’à présent, il n’existait aucune représentation rationnelle permettant de déterminer les traits de cette femme mystérieuse. Seule une reconstitution cinématographique pouvait pour l’instant servir de base. Mais le nouveau portrait-robot montre bien qu’Isabelle Huppert est d’un naturel et d’une humanité peu scientifique. Comme **Emma Bovary** , ils seraient des milliers à se cacher dans les livres. Autant de personnages de fiction qui n’ont jamais montré leur véritable visage. Scandale ! **Qui a déjà vu en photo le dénommé** **Humbert Humbert, personnage de_Lolita_ de Nabokov ?** Alors tirons-lui le portrait-robot également et comparons avec l’interprétation cinématographique de James Mason dans le _Lolita_ de Stanley Kubrick :
Humbert Humbert
Humbert Humbert © Radio France
Ce travail de recomposition des visages de personnages de roman est l’œuvre de l’écrivain canadien [Brian Joseph Davis](http://brianjosephdavis.com/). Il a mis en ligne, il y a une semaine, le Tumblr participatif [The Composites](http://thecomposites.tumblr.com/) : chacun peu lui envoyer une description littéraire (en anglais) d’un personnage de roman. A l’aide d’un véritable logiciel de police, il en réalise ensuite le portrait-robot et le met en ligne. Mais le projet ne ravit pas tous les amoureux de littérature, surtout les spécialistes de Flaubert, comme [Pierre-Marc de Biasi](http://www.pierre-marc-debiasi.com/)… _Pierre-Marc de Biasi interrogé par Christophe Payet_
Brian Joseph Davies justifie son projet, dans un entretien avec [The Atlantic](http://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/02/heres-what-humbert-humbert-looks-like-as-a-police-composite-sketch/252866/) : « _La description est une part importante de la littérature qui a été écartée avec le modernisme. Or, notre culture se trouve à un point où l’on veut que tout soit rendu de manière explicite, en haute définition si vous voulez. La littérature est lentre à répondre à ce type de changement_ . » A l’inverse, pour Pierre-Marc de Biasi, cette petite expérience pourrait être le symptôme d’une époque particulièrement répressive. _Pierre-Marc de Biasi interrogé par Christophe Payet_
La pensée unique, [Franck Pavloff](http://www.franceinter.fr/personne-franck-pavloff) est bien placé pour en parler. Il est l’auteur du best-seller sur le sujet, la nouvelle _Matin brun_ (1998). Il vient de sortir un roman au titre justement très descriptif et particulièrement adapté au portrait, _L’homme à la carrure d’ours_ . Avec lui, nous avons imaginé le portrait-robot de son personnage : _Franck Pavloff au micro de Christophe Payet_
L’idée l’amuse, mais il ne faudrait pas en faire une règle. _Franck Pavloff au micro de Christophe Payet_
La loi du [11 octobre 2010](http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022911670&categorieLien=id) interdit la dissimulation du visage dans un lieu public. Mais si le livre est l’espace le plus ouvert, donc le plus public, il doit en être exempté. Car la république policière établie la transparence comme règle absolue, alors que la république des lettres, elle, porte l’imagination au pouvoir…
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