La thèse du règlement de compte politico-financier pour expliquer les attentats de karachi s'appuie sur l'hypothèse suivante : le gouvernement Balladur aurait confié à la Direction des constructions navales la vente des sous-marins au Pakistan et des frégates à l'Arabie saoudite. La branche commerciale de la DCN a chargé deux entreprises, la SOFMA et la SOFRESA de "préparer le terrain" autrement dit de verser des commissions indirectement payées par le ministère de la Défense aux hommes politiques et interlocuteurs qui permettent le gain du marché. Deux autres intermédiaires sont ensuite mandatés par le gouvernement Balladur pour là aussi "faciliter" les négociations. Il s'agit des Libanais Ziad Takieddine et de Abdul Rahman Al-Assir. Il y a dès lors une double négociations avec les intermédiaires pakistanais. L'originalité des procédés utilisés par le duo libanais résulte dans le transfert de fonds via une société écran luxembourgeoise, Heine SA qui leur auraient transmis les fonds nécessaires à leur travail de négociateurs et aurait permis de faire transiter d'éventuels rétrocommission. En savoir plus.

Chirac, Sarkozy, Balladur, Takieddine, Bruguière, Trevidic... ils ont tous joué un rôle ou une responsabilité dans l'enchevêtrement des événements de l'affaire Karachi. Zoom sur les têtes dirigeantes, les enquêteurs et les intermédiaires.

Les têtes dirigeantes

En 1994, Nicolas Sarkozy est le ministre du Budget d'Edouard Balladur puis le porte-parole de sa campagne. C'est lui qui aurait validé la création de la société écran luxembourgeoise Heine SA, une société qui aurait servi à faire transiter les rétrocommissions et dont aurait bénéficié Edouard Balladur. Nicolas Sarkozy nie avoir été au courant des contrats pakistanais, il qualifie de "fable" l'affaire des rétrocommissions. Pourtant, selon des documents du dossier du juge Trévidic, diffusés sur le site Mediapart, l'actuel président aurait été informé de l'existence des commandes de sous-marins.

Edouard Balladur
Edouard Balladur © Radio France

En 1995, Edouard Balladur arrive troisième du premier tour de l'élection présidentielle derrière Jacques Chriac et Lionel Jospin. Il lui est reproché d'avoir perçu pour sa campagne électorale 10 millions de francs dont l'origine n'a pas été établie. Il se défend en affirmant qu'à l'époque, ses comptes de campagne ont été validés par le Conseil constitutionnel alors dirigés par le socialiste Roland Dumas. Edouard Balladur a travaillé avec Nicolas Sarkzoy quand il était ministre du Budget puis l'a engagé comme porte-parole en 1995 pour sa campagne électorale. Il a mandaté son ministre de la Défense de l'époque, François Léotard pour suivre les négociations des contrats d'armement.

Après une amitié de plus de 30 ans, Jacques Chirac interprète la candidature de Balladur à la présidentielle comme une provocation, voir une injure. Il remporte le scrutin et ne pardonne pas à son ancien collaborateur sa "trahison". Il est persuadé que des rétrocommissions perçues via le réseau Takieddine-Al Assir ont alimenté les comptes de campagne de Balladur. Ce serait pour cette raison qu'il aurait mis fin au système des rétrocommissions. Cette initiative réalisée au nom de la moralisation de la vie politique pourrait être à l'origine des attentats de Karachi le 8 mai 2002. C'est en tout cas ce que pensent certaines familles des victimes qui veulent porter plainte.

Les enquêteurs

Jean-Louis Bruguière a été en charge de l'enquête sur les attentats de Karachi. Après avoir rencontré des responsables pakistanais, il a orienté son enquête vers la piste Al-Qaeda malgré l'existence dès 2002 de rapports pouvant le mener à la piste politico-financière. Retraité, Jean-Louis Bruguière s'est présenté aux élections législatives de 2007 sous l'étiquette de l'UMP.

trevilic
trevilic © Radio France

Marc Trévidic a remplacé Jean-Louis Bruguière comme juge d'instruction. Il s'est entouré d'un juge financier, Yves Tannier. Marc Trévidic aurait pris le contrepied de son prédécesseur, abandonnanant la piste terroriste et privilégiant le règlement de compte politici-financier. Selon l'avocat des familles des victimes, Maître Moris, c'est ce qu'il leur aurait confiées.

Van rouymbeke
Van rouymbeke © Reuters
Renaud Van Ruymbeke appartient au pôle financier du tribunal de Paris. Il a ouvert une enquête pour "corruption et abus de biens sociaux" sur les possibles rétrocommissions. Le procureur Jean-Claude Marin a fait appel de cette décision au nom du parquet de Paris estimant que les faits sont prescrits. La décision est en appel mais l'enquête est en cours. ### **Les intermédiaires** D'origine libanaise, [Ziad Takieddine](http://www.franceinter.fr/dossier-takieddine-c-est-interdit-d-avoir-des-amis) a été introduit par le gouvernement Balladur en 1993 pour représenter la France et plus précisémment la Direction des constructions navales sur les marchés d'armemement au Moyen-Orient. Il affirme ne rien avoir à faire avec le contrat [Agosta](http://www.franceinter.fr/article-de-dossier-historique-du-contrat-agosta) mais ne s'est pas présenté devant la commission d'enquête parlementaire qui voulait l'auditionner à ce sujet. Il a été mis en examen dans l'enquête sur le volet financier de l'attentat de Karachi.
Al-Assir
Al-Assir © Radio France
Abdul Rahman Al-Assir est considéré comme le patron de Ziad Takkiedine. Il remporte le marché français des négociations d'armemement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite.
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