par Timothy Heritage et Maria Tsvetkova

MOSCOU, 17 août (Reuters) - Les trois jeunes femmes du groupe punk russe "Pussy Riot" poursuivies pour avoir chanté un simulacre de prière hostile à Vladimir Poutine en février dans une cathédrale de Moscou ont été condamnées vendredi à deux ans de prison chacune.

Les six mois qu'elles ont passés en détention provisoire seront déduits de leur peine. Le parquet avait requis le 7 août trois ans de prison à leur encontre.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Aliokhina, 24 ans, avaient été jugées coupables vendredi de vandalisme motivé par la haine religieuse.

"Tolokonnikova, Samoutsevitch et Aliokhina ont commis un acte de vandalisme, une grave violation de l'ordre public enfaisant preuve d'irrespect évident à l'égard de la société", a déclaré la juge Marina Syrova, qui a estimé que les jeunes femmes avaient été motivées "par la haine religieuse."

Les trois prévenues ont écouté en souriant l'énoncé du verdict et la lecture du jugement, qui a duré près de trois heures, derrière leur cage vitrée. Un homme présent dans la salle d'audience a crié "honteux!" et des centaines de manifestants présents devant le tribunal ont repris l'adjectif après l'énoncé du verdict. "Elles sont en prison parce qu'il s'agit d'une revanche personnelle de Poutine", a déclaré le dirigeant de l'opposition Alexei Navalni. "Ce verdict a été écrit par Vladimir Poutine". "DISPROPORTIONNÉE"

L'ambassade des Etats-Unis en Russie, s'exprimant sur son compte Twitter, dénonce une condamnation "disproportionnée". Les jeunes femmes avaient pénétré le 21 février dans lacathédrale du Christ-Sauveur à Moscou pour y interpréter, vêtues de cagoules colorées et de jupes courtes, une "prière punk", chantant "Vierge Marie, chasse Poutine, chasse Poutine, chassePoutine !" et dansant sur l'autel de la cathédrale. Depuis, ce dernier a remporté l'élection présidentielle.

Leur procès a fait les gros titres de la presse internationale et provoqué un tollé chez les opposants à Vladimir Poutine. Plusieurs gouvernements étrangers, des associations de défense des droits de l'homme ainsi que des artistes, à l'image de Sting, Madonna, Paul McCartney ou des Red Hot Chili Peppers, ont plaidé en leur faveur.

Signe des tensions soulevées par le procès, des gardes du corps ont été octroyés jeudi à la juge Marina Syrova, à la suite, selon les autorités, de menaces proférées contre elle. "INÉQUITABLE"

"Je n'ai pas peur de l'imposture d'un verdict dans ce prétendu tribunal au prétexte qu'il peut me priver de ma liberté", avait déclaré au cours du procès Maria Aliokhina. "Personne ne pourra me prendre ma liberté intérieure". Les trois militantes, qui nient avoir été motivées par la haine religieuse, disent avoir voulu protester contre les liens étroits entre l'Eglise orthodoxe et l'Etat.

Elles s'étaient dites outrées du soutien apporté à Vladimir Poutine lors de la campagne pour la présidentielle par le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Cyrille. Leurs avocats ont estimé qu'elles n'avaient pas eu droit à un procès équitable et que le verdict serait "dicté par leKremlin". Les partisans de Vladimir Poutine démentent toute manipulation de la justice, assurent que les jeunes femmes ont tenu des propos blasphématoires et méritent donc d'être puniespour cet "attentat prémédité contre l'Eglise".

La communauté orthodoxe se montre quant à elle plutôt divisée sur cette affaire, même si elle considère dans sa majorité la "performance anti-Poutine" comme un acte blasphématoire. Vladimir Poutine lui-même, conscient du fait qu'une lourde peine risquerait de confirmer l'image d'intolérance peinte par les "Pussy Riot", avait suggéré qu'il ne souhaitait pas que les militantes soient condamnées à de trop lourdes peines.

(Avec la rédaction de Moscou, Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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