par Tiemoko Diallo et David Lewis

BAMAKO (Reuters) - Le chef des putschistes maliens a fait samedi une brève apparition à la télévision nationale pour affirmer qu'il était toujours en vie et réfuter les rumeurs circulant à Bamako sur sa mort et l'imminence d'un contre-coup d'Etat.

"Bonsoir, peuple malien, bonsoir compagnons d'armes, bonsoir citoyens. Je suis le capitaine Amadou Sanogo et je suis en bonne santé, tout va bien", a-t-il dit en tout début de journée avant de laisser la parole à un porte-parole. Ce dernier a assuré que l'ensemble de l'armée soutenait les auteurs -des officiers subalternes- du coup d'Etat.

On ignore si la déclaration du président du CNRDR (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat), mis en place après le renversement, mercredi, du président Amadou Toumani Touré, avait été enregistrée.

Les chefs du putsch s'efforcent de tirer parti du mécontentement de la population de cet Etat enclavé du Sahel face à la manière jugée irrésolue dont le chef de l'Etat faisait preuve pour mater la rébellion en cours des rebelles touareg du MNLA.

Mais ils semblent de plus en plus isolés sur la scène politique avec la condamnation de leur action par une coalition de partis qui réclament la tenue au plus tôt de l'élection présidentielle prévue initialement en avril.

Ce scrutin devait être l'occasion pour le chef de l'Etat, un ancien colonel parachutiste surnommé "le soldat de la démocratie" en raison de ses convictions, de céder son fauteuil.

Dans un communiqué, dix formations politiques, dont l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), principal parti du pays, ont condamné le coup d'Etat et réclamé la tenue d'élections. "Les signataires (...) condamnent cette prise de pouvoir par la force qui constitue un revers majeur pour notre démocratie", écrivent-elles.

Les pays voisins du Mali, les Nations unies, la France, l'ex-puissance coloniale, les Etats-Unis et l'Union européenne ont tous condamné le coup de force des militaires et réclamé un retour au plus tôt à l'ordre constitutionnel.

SOMMET DE LA CEDEAO MARDI À ABIDJAN

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui regroupe les 14 partenaires du Mali au sein de la sous-région, a fait savoir qu'elle ne reconnaîtrait pas le nouveau régime.

Un sommet de la Cedeao, qui a suspendu la participation du Mali, est prévu mardi à Abidjan pour discuter de la crise malienne.

Les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad, qui regroupent d'ex-mercenaires au service de Mouammar Kadhafi et qui sont rentrés de Libye armés jusqu'aux dents, ont repris les armes contre le pouvoir central dans le nord du Mali à la m-janvier.

Cherchant à profiter de la confusion régnant à Bamako, ils ont poussé leur avantage vers le Sud pour occuper des positions abandonnées par l'armée.

Vendredi soir, le gouverneur de la région de Kidal, dans le nord-ouest du pays, a annoncé que les forces gouvernementales s'étaient repliées après avoir appris le putsch de Bamako.

"Nous sommes actuellement encerclés (dans la ville de Kidal) par des rebelles du MNLA. La situation qui prévaut à Bamako a beaucoup contribué à l'affaiblissement de l'engagement des troupes déployées sur le front", a dit à Reuters par téléphone le colonel Salifou Koné.

Le nouvel homme fort de Bamako s'est dit prêt à négocier avec les rebelles, tout en se présentant comme le garant de l'intégrité territoriale du Mali.

Interrogé à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, un responsable de l'aile politique du MNLA a déclaré à Reuters que les rebelles posaient des conditions à toute négociation.

"Le dépositaire de l'autorité doit être clairement identifié, représentatif et bénéficier du soutien de l'ensemble de la classe politique et nous devons obtenir des garanties de la part des grandes puissances", a dit Hama Ag Mahmoud.

Avec Adama Diarra à Bamako et Aaron Maasho à Addis-Abeba; Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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