par Mariam Karouny

BEYROUTH/GENEVE (Reuters) - La plupart des insurgés syriens se sont retirés jeudi du quartier de Bab Amro, à Homs, assiégé et pilonné depuis vingt-six jours par l'armée du président Bachar al Assad, a annoncé l'opposition.

Seuls quelques groupes de combattants sont restés sur place pour couvrir ce qui est présenté comme un "retrait tactique" de leurs camarades.

Les troupes gouvernementales avaient repris dans la matinée leurs bombardements du quartier rebelle, malgré les appels au cessez-le-feu de la communauté internationale alarmée par le sort des quelque 4.000 civils et des journalistes présents dans ce secteur ravagé par les obus.

Les insurgés ont demandé au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et aux autres organisations humanitaires de tout faire pour entrer rapidement à Bab Amro et porter secours à la population.

La neige qui est tombée sur la ville, à 150 km au nord de Damas, a ralenti la progression des soldats d'Assad, qui ont lancé mercredi leur offensive terrestre contre le quartier insurgé où la population manque de tout - vivres, eau, électricité.

Après le retrait du gros des forces rebelles, les soldats gouvernementaux ont pénétré dans le quartier et ont commencé à pourchasser les insurgés encore présents sur place. Les combats ont fait 17 morts parmi les combattants rebelles, a dit un opposant.

On ne sait rien sur le sort de la journaliste française Edith Bouvier et de son compatriote le photographe William Daniels.

Les informations en provenance de la ville ne peuvent être vérifiées de manière indépendante en raison des strictes restrictions imposées au travail des journalistes par les autorités syriennes.

MOSCOU DÉNONCE UNE "APPROCHE UNILATERALE"

Le soulèvement contre le régime du président Assad dure depuis près d'un an et a fait selon l'Onu plus de 7.500 morts parmi la population civile. Damas se retrouve de plus en plus isolé au plan international mais bénéficie du soutien de la Russie et de la Chine.

A Genève, le Conseil des droits de l'homme de l'Onu a adopté par 37 voix contre trois - Russie, Chine et Cuba - et trois abstentions une résolution condamnant la violence et réclamant l'arrêt des attaques contre les civils. Quatre pays n'ont pas pris part au vote.

Moscou et Pékin avaient opposé début février leur veto au Conseil de sécurité de l'Onu à une résolution appelant au départ de Bachar al Assad.

"C'est un nouvel exemple d'approche unilatérale et politisée de la situation en Syrie de la part de certains pays", a déclaré l'ambassadeur russe Vladimir Jeglov.

La résolution condamne "les violations généralisées et systématiques des droits de l'homme et des libertés fondamentales par les autorités syriennes". Ces violations incluent notamment les bombardements de quartiers résidentiels qui ont tué "des milliers de civils innocents", les exécutions sommaires, le meurtre et la persécution des manifestants et la mort de journalistes syriens et étrangers.

L'ambassadeur de Syrie a boycotté les débats.

C'est la quatrième fois depuis avril 2011 que le Conseil des droits de l'homme condamne la répression en Syrie. Les résolutions de l'organisme onusien ont valeur morale mais ne sont pas contraignantes.

Un responsable libanais proche des autorités de Damas a déclaré que le régime syrien était fermement décidé à reprendre le contrôle total de Homs, la troisième ville de Syrie. "Ils veulent reprendre la ville, quoi qu'il arrive et quel qu'en soit le prix", a-t-il dit. Une défaite de l'opposition à Homs priverait les insurgés de leur dernier bastion.

CONSEIL MILITAIRE DE L'OPPOSITION

A Paris, l'opposition syrienne a formé un conseil militaire chargé d'organiser et de coordonner la rébellion armée sous un commandement unifié, a annoncé Bourhan Ghalioun, chef du Conseil national syrien (CNS).

Le CNS a été critiqué par certains Syriens pour ne pas avoir ouvertement soutenu l'opposition armée, conduite par l'Armée syrienne libre (ASL), qui regroupe essentiellement des déserteurs de l'armée régulière et des civils qui ont pris les armes.

Le CNS et l'ASL se sont opposés en certaines occasions sur la stratégie à adopter pour lutter contre le régime. Le CNS est notamment apparu dans un premier temps peu enclin à soutenir l'ASL et une réponse armée.

L'émissaire spécial des Nations unies et de la Ligue arabe, Kofi Annan, a déclaré qu'il s'attendait à se rendre en Syrie "sous peu". "J'implore Assad de coopérer non seulement avec moi mais avec le processus que nous sommes en train de lancer", a-t-il dit.

La Syrie, qui n'a pas autorisé cette semaine l'entrée sur son territoire de la responsable des opérations humanitaires de l'Onu, la Britannique Valerie Amos, a dit attendre de l'Onu "des clarifications sur la nature de la mission" projetée par Kofi Annan.

La Grande-Bretagne a annoncé le retrait de son personnel diplomatique de Syrie et la suspension de l'activité de son ambassade à Damas en raison de la dégradation des conditions de sécurité. Londres ne rompt pas pour autant ses relations diplomatiques avec la Syrie.

La Suisse a également annoncé la fermeture définitive de son ambassade à Damas, trois semaines après l'avoir fermée temporairement.

La semaine prochaine à Ryad, les ministres des Affaires étrangères des pays du Golfe vont s'entretenir de la situation en Syrie avec leur homologue russe Sergueï Lavrov.

Lors d'une conférence de presse au Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elarabi, a dit son opposition à la violence pour régler le conflit syrien, alors que les pays du Golfe souhaitent armer les opposants à Bachar al Assad.

Avec Alistair Lyon, Khaled Yacoub Oweis à Amman, Mariam Karouny, Dominic Evans, Oliver Holmes et Laïla Bassam à Beyrouth, Stephanie Nebehay à Genève, Steve Gutterman à Moscou et Nour Merza à Dubaï; Marine Pennetier, Tangi Salaün, Benjamin Massot, Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français

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