Vivre autrement « Les sentiers de l’utopie » un livre-film d’Isabelle Frémeaux et John Jordan (1). Est-il possible de vivre de façon « post-capitaliste » dans le capitalisme ? A Tarnac ou ailleurs ? Peut-on se glisser dans les interstices de cette société prégnante, étouffante, gluante, collante par les objets qu’elle vous oblige à acheter, le travail qu’elle vous oblige à fournir, les hommes à révérer, les pompes à cirer ? « prends garde au présent que tu crées car il doit ressembler au futur dont tu rêves » dit l’exergue. Isabelle Frémeaux et John Jordan ont voyagé 7 mois en Europe a la rencontre de ceux qui veulent vivre autrement. Ce sont des gens jeunes et très courageux. Par exemple ceux qui montent un « Camp Climat » aux alentour de l’aéroport d’Heathrow et rusent avec la police. C’est un collectif pratiquant l’amour libre dans une ancienne base de la Stasi... D’autres expériences, toujours courageuses, poétiques souvent, morales. Morales ? Oui, car il faut une morale à toute épreuve pour résister à cette société. Quand on demandait à Jean Rouaud (Prix Goncourt pour « Les champs d’honneur ») pourquoi il avait été kiosquier un temps, il répondait : « Sans doute parce que je n’étais pas capable de m’insérer socialement », sous entendu, de devenir un cadre chez France Télécom comme tout le monde. De Rouaud on lira d’ailleurs avec plaisir « Comment gagner sa vie honnêtement » (Gallimard). Mais Jean Rouaud n’est pas un « révolutionnaire », plutôt un garçon doux et passif (ce n’est pas du tout péjoratif) heureusement pour lui très doué. Beaucoup de « révolutionnaires » deviennent des cadres chez France Télécom ou des patrons de presse de gauche. Leur « révolution » était simplement le moment transitoire où ils ne pouvaient encore devenir les cadres de cette société. « Les sentiers de l’utopie » ne concernent pas ces futurs dirigeants, mais des jeunes gens qui affirment leur refus du pouvoir et leur volonté de sobriété. Sans doute le gaspillage est-il une des autres faces du pouvoir. La sobriété exige du courage. La récupération, l’économie, l’autosuffisance sont les maîtres mots. Ils ne feront pas de voyages low-cost. Ils sont des marginaux. La révolution commence lorsque la marge devient le centre. Dans « Le Travail, non merci » de Camille Dorival (Les petits matins), Alternatives Economiques, préface de Bernard Gazier (16 euros) seulement, l’auteur propose des portraits « d’objecteurs de travail », des militants du temps libre et autres partisans de la décroissance. Oui, mais ces gens sont des parasites, d’autres qui bossent les entretiennent ! Non : bien évidemment les besoins de base d’une société pourraient être assurés avec dix fois moins de travail qu’aujourdh’ui, et le travail, à 90% ne sert qu’a gaspiller et détruire... Au fait, c’est quoi le travail ? Derrière ce bouquin il y a beaucoup de choses : les 35 heures, la question du revenu universel, le machisme... Allez, aujourd’hui on se recouche. (1) La Découverte, 25 euros.

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