par Rita Devlin Marier

QUEBEC, 5 septembre (Reuters) - Les séparatistes du Parti québécois (PQ) ont remporté mardi d'une courte tête les élections organisées dans la province canadienne francophone sans décrocher de majorité absolue.

Le PQ, qui a obtenu 54 des 125 sièges en jeu, va devoir se contenter de former un gouvernement minoritaire, ce qui devrait le contraindre à renoncer à un nouveau référendum sur l'indépendance du Québec.

Pauline Marois, chef de file du Parti québécois, va ainsi devenir la première femme à diriger un gouvernement dans la province.

Son discours de victoire a été endeuillé par la mort d'une personne tuée par un homme armé ayant ouvert le feu parmi les partisans du PQ réunis à Montréal.

Après neuf années au pouvoir, le Parti libéral du Québec (PLQ) perd pour sa part 14 sièges par rapport à la précédente législature et ne compte plus que 50 députés.

Le Premier ministre sortant et chef de file du PLQ, Jean Charest, a reconnu la défaite de sa formation, qui a recueilli 31% des voix contre 32% au PQ. Après des mois de contestation étudiante, Jean Charest essuie surtout un revers personnel puisqu'il a été battu dans sa propre circonscription.

"Nous acceptons et nous respectons ce choix (des électeurs)", a dit Jean Charest à ses partisans, précisant qu'il avait appelé Pauline Marois pour la féliciter.

Il a toutefois jugé que l'issue du scrutin montrait que l'avenir du Québec se trouvait au Canada.

Après les échecs de 1980 et de 1995, Pauline Marois s'est engagée à organiser un nouveau référendum d'autodétermination lorsque le moment lui semblera opportun. Cela pourrait prendre des années.

Le sondage le plus récent montre que seulement 28% des Québécois sont favorables à une indépendance vis-à-vis du Canada.

TENSIONS AVEC LE POUVOIR FEDERAL?

Le PQ va avoir besoin du soutien d'autres formations représentées au parlement pour organiser un tel référendum, or aucun grand parti d'opposition ne semble disposé à soutenir cette initiative.

L'arrivée au pouvoir du Parti québécois pourrait néanmoins tendre les relations avec le gouvernement fédéral. Pauline Marois souhaite rencontrer rapidement le Premier ministre conservateur Stephen Harper pour réclamer le transfert aux autorités du Québec des compétences en matière de politique d'immigration et d'indemnisation des chômeurs.

Stephen Harper s'en prend régulièrement aux séparatistes québécois et un manque de coopération entre les deux parties pourrait renforcer l'envie d'indépendance au Québec.

Le chef du gouvernement fédéral a adressé ses félicitations à Pauline Marois, tout en ajoutant: "Nous ne pensons pas que les Québécois souhaitent relancer les vieilles batailles constitutionnelles du passé."

La durée de vie des gouvernements minoritaires est généralement courte au Québec.

François Legault, chef de file de Coalition Avenir Québec (CAQ), arrivée en troisième place, s'est toutefois dit prêt à soutenir l'action de Pauline Marois si elle mettait l'accent sur la lutte contre la corruption et la réforme du système de santé.

Classée à droite, la CAQ devrait obtenir 19 députés après avoir recueilli 27% des suffrages.

Elle souhaite un moratoire de 10 ans sur la question de l'indépendance afin de concentrer les efforts de la classe politique sur les questions économiques.

Pauline Marois a elle-même indiqué qu'elle allait donner la priorité à l'économie. Elle souhaite notamment réduire l'endettement de la province, alourdir la fiscalité sur les entreprises minières et rendre plus difficile le rachat de sociétés québécoises par des firmes étrangères.

Le Québec, où le français est la langue maternelle de 80% des 7,8 millions d'habitants, a toujours cultivé sa différence au sein d'un pays où une large majorité des 34,5 millions d'habitants est anglophone. La fête provinciale est ainsi bien plus célébrée que le "Canada Day" du 1er juillet.

L'indépendance éventuelle du Québec ne pourra intervenir que par voie de référendum. En 1980, la défaite des séparatistes avait été lourde mais en 1995, il s'en était fallu d'un cheveu pour qu'ils l'emportent, recueillant 49,4% des suffrages.

David Ljunggren, Jean-Philippe Lefief, Marine Pennetier et Bertrand Boucey pour le service français

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