C'était une demande pressante des habitants et des élus de la vallée de la Roya, dévastée il y a un mois et demi par la tempête Alex. Le préfet chargé de la reconstruction des zones sinistrées, Xavier Pelletier, explique à notre micro pourquoi l'armée ne redéploiera pas ses troupes dans l'arrière-pays niçois.

Dans la vallée de la Roya, 50 kilomètres de route abîmées
Dans la vallée de la Roya, 50 kilomètres de route abîmées © Radio France / Thibault Lefèvre

Il y a quelques jours sur notre antenne, le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, responsable des infrastructures routières, Charles-Anges Ginésy, espérait un retour de l'armée, précisant que les moyens engagés n'étaient pas assez important par rapport à l'étendue du chantier dans la Roya : 12 ponts détruits sur la vingtaine de la vallée, une cinquantaine de kilomètres de voies de circulation abîmées sur environ 70 points et des habitants qui peinent à voir le début de la reconstruction. 

"Les moyens militaires d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier"

La semaine dernière, le préfet chargé de la reconstruction des zones sinistrées, Xavier Pelletier, s'est rendu sur place, avec le gouverneur militaire de Marseille, pour dresser un nouvel état des lieux des chantiers et évaluer la pertinence d'une intervention du génie. Résultat : les moyens civils semblent suffisants et la participation de l'armée se limitera aux besoins vitaux et à de l'expertise. Concrètement, un hélicoptère continue d'approvisionner en fuel notamment, une à deux fois par semaine, l'hôpital de Tende et un colonel spécialisé dans la logistique est actuellement dans la région pour coordonner l'acheminement du fret. La question d'un retour des troupes du génie militaire s'est posée mais, selon le préfet, elle n'a pas été jugée pertinente au regard du contexte : "Le Président de la République a annoncé une mobilisation exceptionnelle de l'État, c'est le cas mais cette mobilisation exceptionnelle doit être en phase avec les réalités du terrain" explique Xavier Pelletier.

Les capacités et les matériels que l'armée peut mobiliser ne sont plus ceux d'hier. Le génie est notamment mobilisé aujourd'hui sur des théâtres extérieurs, pour l'opération Barkhane. On sollicite (l'armée) dans la lutte antiterroriste, on a renforcé le dispositif sentinelle, l'armée est extrêmement sollicitée.

Pour le préfet : "Quand on la mobilise pour des opérations urgentes, l'armée répond à nos demandes, mais elle n'a plus de moyens illimités. Ce ne sont plus du tout les moyens que l'on connaissait avant, quand l'armée était une sorte de couteau suisse qui pouvait déployer beaucoup de compétences, beaucoup d'ingénierie. Ce n'est plus le cas aujourd'hui." 

L'intervention militaire s'est donc justifiée, selon les autorités, pendant la première phase de la crise, celle de l'urgence qui a duré deux semaines. Désormais, et avant de commencer la reconstruction, la priorité de la deuxième phase consiste à viabiliser des axes de circulation qui pourront ensuite être ouverts aux habitants. Depuis mardi matin, une piste temporaire permet par exemple de relier Breil-sur-Roya dans le bas de la vallée à Tende sur les hauteurs, où près de 1 500 habitants sont coupés du monde depuis un mois et demi. Du matériel va pouvoir être acheminé par cette voie, qui contourne les très escarpées gorges de Paganin. Les conditions de circulation restent cependant très précaires à cause de l'instabilité du sol, de la météo et du relief très accidenté de la vallée. La circulation n'est possible qu'en 4X4, le poids des marchandises transportées doit être surveillé de près et en cas de neige, la piste devient impraticable

Les priorités : installer des ponts et rassembler les financements 

Si l'intervention de l'armée reste limitée, le génie civil et les moyens d'autres établissements publics sont mobilisés. Exemple avec le centre national des ponts de secours, rattaché au ministère de la Transition écologique, qui va déployer dans les prochains jours des équipes pour installer des ponts préfabriqués portatifs Bailay. Les conditions d'installation sont à l'étude mais la priorité est donnée à Tende et à Fontan où les traversées de la Roya se font pour le moment à gué. Il faut en moyenne une semaine pour mettre en place un pont Bailey. 

L'autre priorité consiste à rassembler les financements en vue de la reconstruction. Les dégâts sont évalués pour le moment à deux milliards d'euros sur les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, un montant qui sera affiné au début de l'année prochaine et définitivement arrêté au printemps. L'État va mobiliser ses ressources à travers deux fonds : la dotation de solidarité qui permettra d'indemniser les collectivités sur l'essentiel des infrastructures touchées, et le fonds de solidarité, déjà amorcé à hauteur de 100 millions d'euros, comme l'avait promis Emmanuel Macron lors de son passage dans les Alpes-Maritimes début octobre. Une troisième ressource a été fléchée, le fonds de solidarité de l'Union européenne. L'État envisage de solliciter ce financement, avec les régions italiennes limitrophes, elles aussi touchées par la catastrophe.    

Le temps de la reconstruction est encore loin. Des expertises sont en cours alors que des glissements de terrain menacent à tous moments de ralentir encore un peu plus un chantier qui s'annonce long et périlleux.