François Hollande a rendu hommage ce samedi aux nomades internés par le régime de Vichy, un geste très attendu par cette population toujours victime de discriminations en France.

Femmes et enfants tsiganes internés dans le camp de transit de Rivesaltes. France, printemps 1942
Femmes et enfants tsiganes internés dans le camp de transit de Rivesaltes. France, printemps 1942 © Jacqueline Geneste / Mémorial de la Shoah Coll.

François Hollande participait, ce samedi, à Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire, à l'hommage national aux nomades internés pendant la seconde guerre mondiales sous le régime de Vichy. La cérémonie s'est déroulée à l'emplacement du dernier camp d'internement qui a fermé après la Seconde guerre mondiale. Le chef de l’État a inauguré un mémorial aux victimes du camp et a reconnu la responsabilité de l’État français dans l'internement des gens du voyage : "Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite", a déclaré François Hollande.

Internement de masse

Pour les Nazis, les Tsiganes étaient racialement inférieurs. Plus de 600.000 d'entre eux sont morts pendant la Seconde guerre mondiale et des milliers d'autres, internés ou soumis au travail forcé, d'après la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les gens du voyage (Fnasat). En France, il n'y a pas eu de déportation de masse, mais des déportations individuelles et des internements sur le territoire, dans une trentaine de camps, surtout à partir d'octobre 1940 lorsque les Nazis ordonnent au régime de Vichy l'internement systématique des nomades.

Une cave qui servait de prison. Ruines du camp de concentration tsigane de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) où doit se rendre samedi François Hollande.
Une cave qui servait de prison. Ruines du camp de concentration tsigane de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) où doit se rendre samedi François Hollande. © Maxppp / MARC OLLIVIER / PHOTOPQR

Plus de 6.000 gens du voyage ont été internés en France entre 1939 et ... 1946, deux ans après la Libération ! Le dernier camp n'ayant fermé qu'en mai 1946, après l'abrogation du décret d'avril 1940 interdisant "la circulation des nomades". Aujourd'hui, il ne reste quasiment aucune trace de ces camps.

"Une reconnaissance qu'on attendait depuis longtemps"

Sandrine Renaire, la présidente de l'association Mémoire du camp tsigane, elle-même petite-fille d'internés, a expliqué à Lucie Barbarin que "c’est la bataille d'une équipe qui a duré 11 ans qui aboutit enfin".

C'est le maire qui m'a vendu

Raymond Gurême a été interné à 15 ans avec ses parents et ses huit frères et sœurs dans les camps de Darnétal (Seine-Maritime) et Linas-Montléry (Essonne) . Dernier témoin survivant des camps, il a raconté son histoire et les conditions dans lesquelles lui et sa famille ont été traités dans un livre (Interdits aux Nomades, paru en 2011) et au cours d'entretiens, comme en 2010 dans cette vidéo sur le site de l'INA "C'est le maire qui m'a vendu", raconte l'homme âgé alors de 85 ans.

Aujourd'hui les nomades, par la voix de la Fnasat notamment, réclament la reconnaissance de la responsabilité des autorités françaises dans leur internement arbitraire pendant la Seconde guerre mondiale. D'autres militent aussi pour la reconnaissance du génocide orchestré par les Nazis.

Cent ans après sa création, le "passeport intérieur" est toujours en vigueur

Après la guerre, les familles libérées se retrouvent sans ressources -elles ont perdu tous leurs biens- et restent soumises au “régime des nomades” instauré en 1912 qui n’a été abrogé qu’en 1969. La loi de 1969 remplace le "carnet anthropométrique d’identité" (qui comprenait, comme son nom l'indique, des caractéristiques physiques de son détenteur mais aussi ses empreintes digitales et des photos d'identité) par le “livret de circulation” pour les salariés et le "carnet de circulation" pour les sans revenu fixe. A partir de 16 ans, il est obligatoire de se présenter régulièrement à un commissariat (l'intervalle varie selon les cas) et d'être inscrit dans une commune de rattachement où la population de gens du voyage ne dépasse pas les 3%.

Les carnets obligatoires pour les Tsiganes : de 1912 à 2012 (gauche) et actuel (droite)
Les carnets obligatoires pour les Tsiganes : de 1912 à 2012 (gauche) et actuel (droite) © Radio France / THIBAULT LEFEVRE

La loi de 1969 est partiellement abrogée en 2012 par le Conseil constitutionnel : suppression du "carnet de circulation" et du délai de trois ans pour s'inscrire sur les listes électorales. En 2015, une proposition de loi du député socialiste Dominique Raimbourg, pour l'abrogation totale de la loi de 1969, est adoptée en première lecture à l'Assemblée mais rejetée par le Sénat à majorité de droite.

La proposition de loi est alors recyclée en amendement de la Loi Egalite et Citoyenneté qui doit être votée d'ici la fin de l'année par le Parlement. Cet amendement prévoit aussi de renforcer les pouvoirs du préfet en matière de construction d’aires d’accueil.

Discrimination dans l'accès au logement, à l'école et aux soins

"La population nomade est encore la plus discriminée de France", rappelle Laurent Elghozi, le président de la Fnasat. L'association demande la reconnaissance des caravanes comme habitat à part entière pour être éligible aux Aides personnalisées aux logement (APL) et ne plus devoir contracter d'emprunts avec des taux d'intérêt importants. Elle dénonce aussi les problèmes d'accès à la santé, à la scolarisation -aujourd'hui, 75% des enfants s'arrêtent après la primaire- et au travail.

Aujourd'hui, il y a entre 350.000 et 500.000 gens du voyage en France. Ce terme administratif regroupe une multiplicité de populations : d’origine rom (Manouches, Gitans, Tsiganes ou Roms d’Europe de l’est) et non rom (Yenniches). Un tiers de cette population est sédentaire, un tiers semi-sédentaire et un tiers nomade.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.