Godard et Anne Wiazemsky en 67 à Avignon
Godard et Anne Wiazemsky en 67 à Avignon © Radio France

C’est une jeune fille de bonne famille, petite fille de François Mauriac, mais elle a un culot fou, Anne Wiazemsky.

A 19 ans, en 66, elle écrit à Godard qu’elle aime son film Masculin Féminin, et qu’elle l’aime, lui.

Plus tard, à un cocktail Gallimard, au mois d’août, elle aperçoit le philosophe Francis Jeanson et lui demande des cours de philo, pour réussir son oral de rattrapage. Il accepte et leurs échanges sont réguliers et passionnants. Godard aussi réagit bien. Il vient de quitter Anna Karina et devient fou de la jeune fille encore mineure qui a tourné « Au hasard Balthazar » avec Robert Bresson et n’a aimé qu’un homme, pour le moment.

Il a 17 ans de plus qu’elle. Il est déjà Godard.

La romancière a l’habitude d’emprunter des fragments à son journal. Elle y puise ici tout ce qu’il y a de romanesque dans feu ses amours avec le cinéaste. En partant de cette aventure romanesque, elle écrit un roman d’initiation. A 19 ans, Anne apprend la liberté en découvrant le grand amour. Godard veut tout. Il aime éperdument l’étudiante et veut l’épouser vite. Elle, prend son temps, refuse la vie à deux trop rapidement et tient tête à sa mère qui vit mal cette union, Godard a une réputation de coureur. Son grand-père écrivain la sermonne également mais finit par s’amuser de ces amours avec un homme plus âgé et célèbre. Cette histoire sentimentale permet en fait à la jeune femme de rompre avec le destin bourgeois qui l’attendait.

Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud dans "la Chinoise", de Godard
Anne Wiazemsky et Jean-Pierre Léaud dans "la Chinoise", de Godard © Radio France

De sa prose, émerge un Godard très différent du vieux taiseux aux phrases et au cinéma abscons que l’on connaît. Il est un amoureux fougueux et séducteur. Le cinéaste peut prendre le premier avion pour le Sud où séjourne l’adolescente uniquement pour la voir quelques heures. Il promène son petit chien ou lui offre une voiture, cadeau superflu puisqu’elle ne sait pas conduire. Filou, il se sert aussi de sa nouvelle conquête. Elle étudie la philo à Nanterre et lui se sert d’elle pour obtenir des informations sur la révolution qui germe. Fan de Mao et de son petit livre rouge, il va tourner « la Chinoise », mais pour cela, il a besoin d’informations sur les étudiants. Elle n’est pas dupe et s’exécute.

Il se dégage de ce couple peu ordinaire l’image d’un couple à la fois normal et extraordinaire. Ils font passionnément l’amour, vont au cinéma, discutent avec des amis. Sauf que les amis s’appellent Truffaut, Rivette, Michel Cournot ou encore Jeanne Moreau et que l’amoureux transi est un cinéaste hyper occupé. 5 films cette année là, tournés avec une autorité absolue, voire des coups de gueule. Comme si l’homme Godard était double : gentil et amoureux, mais aussi froid et cassant.

Le couple une fois marié fait déjà, en 67, le délice des paparazzi, on ne parle pas encore de people et pourtant ils sont des « people » traqués, la romancière décrit ces moments avec simplicité. On se passionne pour son quotidien car le ton n’est pas racoleur ni prétentieux, mais serein et naïf.

On referme le roman en se disant que cette femme simple a tout de même approché par le cœur, le corps et l’esprit une partie de l’histoire culturelle du 20è siècle.

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