Emmanuel Macron reçoit ce mardi les quatre acteurs clés du pouvoir libyen. Cette conférence internationale, sous l'égide l'ONU, doit permettre de trouver une sortie de crise en Libye. Un pays en plein chaos, sept ans après la chute de Mouammar Kadhafi.

Les quatre hommes clés de la crise politique en Libye, réunis à Paris ce mardi pour la signature d'un accord et la tenue de nouvelles élections.
Les quatre hommes clés de la crise politique en Libye, réunis à Paris ce mardi pour la signature d'un accord et la tenue de nouvelles élections. © Maxppp / Pool / Etienne Laurent

C'est la deuxième fois depuis le début de son quinquennat qu'Emmanuel Macron rencontre les acteurs politiques libyens. Après une première réunion en juillet 2017, le chef de l'État français reçoit à nouveau, ce mardi, les frères ennemis de l'ère post-Kadhafi : le Premier ministre du gouvernement d'union national, Fayez al-Sarraj, et son rival, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est du pays. Ils sont rejoints, cette fois, par le président du Haut-Conseil d'Etat, Khaled Mechri, et celui de la Chambre des représentants, Aguila Salah Issa, qui ne reconnaît pas le gouvernement de Tripoli. Quatre hommes englués dans une guerre politique interne depuis la chute du "Guide" au printemps 2011.

Une vingtaine de pays, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-unies, et quatre organisations internationales (Union européenne, ONU, Union africaine et Ligue arabe) sont représentés à Paris.

Des élections "d'ici la fin de l'année"

De ce rendez-vous, il doit découler une feuille de route vers un processus démocratique. Un texte en huit points, parmi lesquels la diminution des institutions : un seul gouvernement au lieu de trois aujourd'hui, un Parlement à la place des deux existants et une unification des forces armées, constituées d'un grand nombre de milices actuellement. L'objectif de l’exécutif français, très impliqué dans la recherche d'une sortie de crise en Libye, est d'aboutir à la signature d'un accord, en vue d'élections présidentielle et parlementaires "d'ici la fin de l'année." Les quatre acteurs de la politique libyenne se sont mis d'accord, ce mardi, pour des élections le 10 décembre.

Une réunion "contre-productive"

Mais régler un problème politique qui dure depuis sept ans, en l'espace de quelques heures de conférence, est-ce bien réalisable ? Le centre d'analyses International Crisis Group (ICG) n'y croit pas. Il craint plutôt que cette réunion soit "contre-productive". L'ICG souligne l'absence de plusieurs autres acteurs politiques et militaires du pays, notamment les groupes armés les plus puissants et les hommes politiques les plus influents de l'Ouest libyen, à Misrata. Ils décident de boycotter ce rendez-vous. Un boycott qui risque de diviser encore un peu plus la Libye, déjà déchirée entre plusieurs factions rivales.

Quant à la tenue d'élections, l'ICG l'estime "irréaliste" d'un point de vue strictement technique. "Ni le cadre légal, ni le cadre constitutionnel ne sont en place", et l'échéance de la fin de l'année paraît précipitée.

Des autorités rivales

Et si jamais les élections sont organisées, quelle sera la réaction des protagonistes ? Si Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar jouent la carte de l’apaisement devant les micros et caméras, et assurent appuyer la tenue d'élections, leur rivalité n'est pas cachée. En décembre 2015, l'accord de Skhirat, au Maroc, entérine le gouvernement d'union nationale, avec à sa tête Fayez al-Sarraj. Mais un homme lui reste opposé : le maréchal Khalifa Haftar, très influent dans l'Est libyen. Il déclare même, en décembre dernier, ne plus reconnaître l'accord de Skhirat, qui aurait selon lui "expiré", tout en menaçant frontalement de prendre la tête du pouvoir si jamais le processus d'élections n'aboutit pas.

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