Voilà des années qu'il vivotait. Le marché des liseuses électroniques s'agite depuis cet automne et l'arrivée en France du Kindle d'Amazon. Du mouvement, une percée sous le sapin, mais toujours pas de réel standard, donc de compatibilité. Au risque de décevoir.

Le Kindle, liseuse électronique la plus vendue au monde, n'est pas arrivée seule. Dans la foulée, la Fnac a sorti son Kobo et le fabriquant français Bookeen, son Odyssey. Les deux disposent d'un écran tactile et plus constrasté que celui de la génération précédente. Le lecteur américain n'est pour l'instant disponible en France que dans sa version de base, avec commande par boutons.

Tous ces appareils ont en commun un affichage par encre électronique, sans rétroéclairage ni reflets, économe de la batterie, reposant pour les yeux, et lisible en plein jour - comme un livre en papier.

Mais le matériel ne représente que la moitié de l'équation : Amazon propose au téléchargement 45 000 titres en français, la FNAC 200 000. Un chiffre doublement important : les appareils sont configurés pour aller directement consulter le catalogue de leur magasin d'attache. Et si d'aventure, pour élargir son choix, le lecteur veut aller voir ailleurs... rien ne garantit qu'il pourra effectivement lire son achat.

Guerre des formats : bienvenue en 1998

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ebooks © Mickaël Porter (licence CC P/NC/PI) / Mickaël Porter

Car le Kindle lit exclusivement des fichiers au format .mobi ; les autres des .epub. Les deux types de fichier contiennent du texte et des informations de mise en forme, rien de compliqué. Mais ces données sont présentées de façon assez différente pour rendre les formats incompatibles. Cette fragmentation volontaire du marché rappelle les années 90, quand les pages "concues pour" Internet explorer perdaient toute allure dans Netscape, et inversement.

Et voilà les pourquoi les sites spécialisés débordent de tutoriels de conversion pour amateurs de contorsions.

Pour ceux qui choisissent le format epub, accepté par la quasi-totalité des liseuses et des tablettes, la course d'obstacles continue. Car selon le vendeur et l'éditeur, les fichiers sont verrouillés, et lisibles seulement sous conditions.

L'expérience de la musique, déjà oubliée ?

En cause, les DRM, ces verrous numériques qui limitent les usages de nombreux fichiers. Les maisons de disque les ont testés sur les mp3 pendant les années 2000, jusqu'à s'apercevoir qu'ils compliquaient davantage la vie des consommateurs honnêtes que celle des pirates.

Les maisons d'éditions n'en sont pas encore là. La Fnac et Apple, sur son ibookstore, vendent aussi bien des livres verrouillés que de simples epub. La surprise rend parfois furieux certains utilisateurs, qui jurent que l'on ne les y reprendra plus. Et même des libraires, comme Charles Kermarec, patron de Dialogues à Brest, qui se repent de s'être fait le complice d'une "arnaque au lecteur", pendant une année de tests de vente avec DRM.

Les futurs formats, epub 3 ou kindle 5, promettent davantage d'interactivité. De quoi revigorer le livre face à la concurrence de la vidéo, déjà omniprésente. C'est une bonne nouvelle pour les auteurs et leurs éditeurs... à condition qu'ils réusissent à ne pas écœurer les lecteurs.

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