par Tiemoko Diallo et Adama Diarra

BAMAKO, 1er avril (Reuters) - Des tirs ont retenti dimanche aux alentours de Tombouctou, dans le nord du Mali, qui fait partie avec Gao et Kidal des villes ciblées par les rebelles, alliance de nomades touaregs séparatistes et d'islamistes, ont rapporté des habitants.

L'offensive leur a permis de revendiquer le contrôle de Gao samedi, après avoir pris possession de Kidal vendredi. Si les insurgés s'emparaient de Tombouctou, ils contrôleraient les trois principales villes du nord du Mali, un territoire désertique plus grand que la France.

L'armée recule face à la rébellion, par Serge Daniel de Radio France Internationale

"C'est à notre tour désormais. Il y a des tirs partout", a dit par téléphone un habitant de la ville, Mohamed Ould Ali. Un autre habitant a confié que les bruits d'armes à feu avaient commencé aux alentours de 05h00. D'après lui, il s'agirait toutefois de tirs en l'air venant d'une milice locale plutôt que du signal du début des hostilités. La confusion règne également sur la localisation exacte des troupes rebelles aux abords de Tombouctou.

D'autres sources locales signalent que l'armée régulière malienne a quitté ses principales positions de la zone. "Le (camp militaire) est vide. La plupart des soldats venus du sud (du Mali) ont fui. Il n'y a que les Arabes qui défendent la ville", a confié une source malienne en lien avec les habitants et l'armée.

Samedi, l'armée malienne a dit avoir abandonné ses bases militaires aux environs de la ville de garnison de Gao. Ces trois derniers jours, les rebelles, qui cherchent à tirer parti du chaos créé dans le pays par le coup d'Etat de la semaine dernière, ont fait une avancée éclair.

"Comme les camps militaires sont proches des quartiers d'habitation, nos forces ont décidé de ne pas combattre", a expliqué samedi le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanago, dans un communiqué lu à la télévision nationale.

"L'armée a pris la direction de Bamako, par la route", a-t-on déclaré de source civile, à propos de l'axe menant à la capitale, située à un millier de kilomètres plus au sud. Des dizaines de véhicules militaires ont quitté les camps et pris cette route, a déclaré une source proche des autorités locales.

EXPIRATION DE LA DATE BUTOIR A MINUIT

Si, à Bamako, les auteurs du putsch ont bénéficié tout d'abord du soutien de nombreux Maliens lassés par la présidence d'Amadou Toumani Touré, les derniers revers militaires en date et l'ampleur de la condamnation du coup d'Etat à l'étranger affaiblissent maintenant leur position.

"Partout, il y a le feu. Le Mali ne peut pas être sur tous les fronts à la fois(...). Mettons de côté nos querelles personnelles", a préconisé samedi Siaka Diakité, secrétaire général de la centrale syndicale UNTM, dans un communiqué soutenu par des partis politiques hostiles au putsch.

Diakité a appelé le capitaine Sanogo à accepter un plan de sortie de crise avant l'expiration dimanche à minuit de la date butoir fixée par la Cedeao (Communauté économique des Etats del'Afrique de l'Ouest) pour restituer le pouvoir aux civils, faute de quoi la junte s'exposerait à des sanctions.

En plus de fermer les frontières à un pays largement dépendant de ses importations pétrolières, la Cedeao menace de priver le Mali des fonds de la Banque centrale d'Afrique de l'Ouest (BCAO) et de geler les avoirs des membres de la junte, qui seraient en outre interdits de voyage.

Samedi, la junte a laissé entendre qu'elle était prête à un compromis, annonçant à l'issue d'entretiens avec le président burkinabé Blaise Comparoé, médiateur officiel dans cette crise,qu'elle allait présenter des propositions en vue d'une transition vers un pouvoir civil.

Les chefs de la junte se sont engagés samedi à présenter "très vite" des propositions en vue de rétablir l'ordre constitutionnel.

Le Mali est la première victime collatérale du conflit libyen de 2011: des mercenaires maliens puissamment armés qui s'étaient battus pour le numéro un Mouammar Kadhafi, renversé et tué l'an dernier, sont venus gonfler les rangs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA).

Les séparatistes, ainsi que l'affirme Bamako, bénéficient également de l'appui de groupes armés liés de manière plus ou moins étroites à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et qui prospèrent dans la "zone grise" de l'Afrique subsaharienne.

Les Etats voisins du Mali, notamment le Niger et la Côte d'Ivoire, redoutent un effet de contagion des événements de Bamako. L'avancée des rebelles touaregs inquiète les puissances occidentales et pose avec encore plus d'acuité le problème de la sécurité en Afrique de l'Ouest.

Les putschistes de Bamako affirment avoir renversé le président Amadou Toumani Touré en raison de son laxisme et de son incapacité à lutter contre les "hommes bleus", qui ont repris les armes à la mi-janvier dans le désert du Nord.

Le président Touré, dont les dix années au pouvoir étaient marquées jusque-là par la stabilité et des accusations de corruption, a dit être en bonne santé dans un lieu tenu secret.

(David Lewis à Dakar, Benjamin Massot pour le service français)

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