l'intervention française au mali a coûté 70 millions d'euros
l'intervention française au mali a coûté 70 millions d'euros © reuters

Le Mali va-t-il connaître un scénario à l'Afghane ? La question se pose après ce qui s'est passé ce matin à Gao, dans le nord-est du pays. Un kamikaze s'est fait exploser près d'un groupe de soldats maliens. Il est mort sur le coup. Un des soldats maliens a été légèrement blessé.

C'est la première fois qu'une telle attaque-suicide se produit depuis le début de l'intervention militaire au Mali il y a quatre semaines tout juste.

Sur place, à Gao, le récit de notre envoyé spécial Antoine Giniaux.

Le kamikaze "est arrivé à notre niveau à moto, c'était un Tamashek (un Touareg), et le temps de l’approcher, il a fait exploser sa ceinture", a déclaré l’adjudant Mamadou Keita, tout en ajoutant : "il est mort sur le coup et chez nous, il y a un blessé léger".

Cette action suicide survient au lendemain d’une déclaration du porte-parole d’un groupe islamiste du nord du Mali, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), qui a revendiqué la pose de mines, mais aussi des attaques de convois militaires et l’utilisation "de kamikazes" dans cette région. "Le Mujao est derrière l’explosion de deux voitures de l’armée malienne entre Gao et Hombor" (nord), a affirmé son porte-parole, Abu Walid Sahraoui, affirmant que son groupe avait "réussi à créer une nouvelle zone de conflit, à organiser des attaques de convois et organiser des kamikazes".

Mercredi, quatre Maliens ont été tués dans l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule entre Douentza et Gao, dans le nord du Mali. Le 31 janvier, deux soldats maliens avaient déjà trouvé la mort dans une explosion similaire, sur la même route.

L'opération Serval continue

Pendant ce temps, des soldats français et tchadiens sont arrivés hier soir à Aguelhok, à 160 kilomètres de Kidal. Nous sommes là dans l'extrême nord-est du Mali, près de la frontière algérienne. C’est là le dernier fief des groupes islamistes armés. La région est la cible depuis plusieurs jours d'intenses frappes aériennes françaises visant des dépôts logistiques et des centres d'entraînement des groupes islamistes, explique le porte-parole de l'Etat-major des armées françaises, le colonel Thierry Burkhard. Kidal devrait être officiellement et définitivement libérée dans les prochains jours.

On sait aussi que l'intervention militaire française au Mali a coûté 70 millions d'euros à ce jour. Ce qui représente "un gros effort financier" pour la France, a déclaré Laurent Fabius. Le budget annuel pour les opérations extérieures est de 630 millions d'euros. Pour rappel, l'opération de 2011 en Libye, qui a duré sept mois, avait coûté à la France environ 300 millions d'euros.

4000 militaires français

Il restera ensuite à chercher, encore plus au nord dans les montagnes de l’Adrar des Ifoghas, les 7 otages français enlevés ici et au Niger. Il restera aussi à accompagner les troupes africaines pour qu’elles prennent le relais, un peu comme en Afghanistan. Et puis à engager le processus de réconciliation pour que le gouvernement de transition mis en place après le coup d’Etat de mars dernier puisse organiser des élections avant le 31 juillet.

La vie, la liberté, tous les Maliens de Bamako rencontrés par Sébastien Paour, l’un de nos envoyés spéciaux, l’ont dit : c’est avec l’arrivée des soldats français qu’ils l’ont retrouvée. Beaucoup parlent de "deuxième Indépendance du pays" avec l’entrée des Français dans leur ville.

Les militaires français sont 4000 aujourd’hui au Mali. Les derniers arrivent seulement dans le pays. Un peu déçu d’intervenir un mois après. Mais le Caporal Zoran, du Régiment d’Infanterie Chars de Marine de Poitiers, est persuadé qu’il y a encore du travail.

Une rançon ?

Par ailleurs, on a appris ce matin que la France aurait payé pour obtenir la libération des otages au Niger enlevés en 2010. On parle d'une rançon d'environ 17 millions de dollars. C'est une ancienne diplomate américaine qui fait cette annonce. Elle raconte que l'argent a transité par le gouvernement malien avant de finir dans les mains d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Comme toutes les rançons, dit-elle, elles sont payées indirectement.

Claude Guéant, qui fut secrétaire général de la présidence avant de devenir ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, dément formellement ces allégations. Au micro de Grégoire Lecalot.

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