par Alissa de Carbonnel et Thomas Grove

MOSCOU (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers Russes ont bravé un froid intense à Moscou pour réclamer des élections équitables et davantage de libertés politiques à un mois du premier tour de la présidentielle que Vladimir Poutine aborde en grand favori.

D'autres rassemblements plus modestes ont eu lieu en province et des partisans du Premier ministre se sont également rassemblés dans la capitale.

Selon l'opposition, le principal défilé de ses opposants a réuni 100.000 personnes malgré les -17°C affichés à la mi-journée par un thermomètre numérique situé sur le tracé, dans le centre de Moscou.

Les précisions d'Ilyana Moryoussef :

Les organisateurs s'efforcent d'entretenir la dynamique des grands rassemblements du 10 et du 24 décembre. Les manifestants dénonçaient alors les fraudes qui ont selon eux entaché les législatives du 4 décembre. L'ampleur de la contestation était sans précédent depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en 2000.

Selon plusieurs journalistes, la mobilisation de samedi n'a pas été inférieure à celle des dernières manifestations. Beaucoup de manifestants portaient des rubans blancs, couleur de la contestation.

"Nous avons d'ores et déjà atteint le point de non retour. Les gens n'ont plus peur et voient combien ils peuvent être forts ensemble", s'est félicité Ivan Kositski, interrogé dans le cortège. Vladimir Poutine "veut la stabilité, mais on ne la trouve que dans la tombe", a-t-il ajouté.

Le rassemblement en faveur du Premier ministre, organisé à quelques kilomètres, a quant à lui attiré 90.000 personnes, selon la police, qui a parfois surévalué l'affluence lors de précédentes manifestations en faveur du pouvoir.

PRESSIONS

Des enseignants disent en outre avoir fait l'objet de pressions pour y participer. "Les représentants syndicaux nous ont réuni et nous ont dit qu'au moins cinq personnes sur dix devaient aller à la manifestation pour Poutine", a ainsi rapporté Sergueï Bedtchouk, un professeur interrogé lui aussi dans le défilé des opposants.

"Je crois en quelque chose. On ne pouvait pas y aller", a-t-il ajouté.

Le mouvement de contestation a été suspendu pendant les longues vacances de fin d'année et beaucoup craignaient qu'il ne passe pas ce cap.

Redoutant que le Kremlin n'exploite la moindre divergence publique, les opposants s'en tiennent à des revendications générales: annulation des législatives et organisation d'un nouveau scrutin, libération des prisonniers détenus pour raisons politiques, démission du président de la commission électorale et reconnaissance des partis politiques interdits.

Depuis le 4 décembre, la contestation a agrégé des personnalités aussi diverses que l'ancien champion d'échecs Garry Kasparov, la militante écologiste Evguenia Tchirikova, le blogueur nationaliste Alexeï Navalni - qui a popularisé l'expression du "parti des voleurs et des escrocs" pour désigner Russie unie - et le leader de gauche Sergueï Oudaltsov.

Aucune figure de proue n'a vraiment émergé, même si Navalni, à 35 ans, semble en avoir le potentiel. Il a passé quinze jours en détention après les toute premières manifestations, au lendemain du scrutin législatif.

L'un des organisateurs, le libéral Boris Nemtsov, a siégé au gouvernement du temps de Boris Eltsine; d'autres, comme l'écrivain Boris Akounine, n'ont aucune expérience du pouvoir.

Jean-Philippe Lefief pour le service français

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