révélations

Quand JP Morgan reconnaît, dès 2006, le « manque de transparence » de Madoff

C’est un document de 5 pages, daté du 13 août 2010, dont vient de prendre connaissance le juge Renaud Van Ruymbeke.

La réponse de la vice-présidente de JP Morgan, Rebecca K. Smith, au Serious Fraud Office britannique, le service chargé des enquêtes en matière de fraude et de corruption, relayant les investigations internationales du juge Van Ruymbeke, dans son enquête sur Madoff.

Si, dans sa conclusion, la banque déclare que « jamais avant l’arrestation de Madoff, en décembre 2008, JP Morgan n’a découvert, ou pensé, que Madoff était une fraude » , justifiant son retrait de certains fonds Madoff avant la révélation de l’escroquerie uniquement par les turbulences du marché, JP Morgan reconnaît avoir eu connaissance, dès 2006, du « manque de transparence » (« lack of transparency ») de Madoff.

En effet, « de 2006 à 2008 » , JP Morgan à investi dans toute une série de fonds Madoff (Lagoon, Fairfield Sigma, Fairfield Sentry, Herald Fund SPC etc.)

« Avant de procéder à ces transactions, explique la banque, JP Morgan a procédé à un audit habituel sur les fonds apporteurs d’argent à destination de Madoff et de manière limité sur la société de Bernard Madoff (‘‘BLMIS’’). Notre équipe chargée d’apprécier les risques de crédit et les risques du marché a relevé qu’il lui était impossible de procéder à un audit complet sur la société de Bernard Madoff, elle a mis en lumière son manque de transparence – en relevant qu’il n’y avait pas de possibilité de visualiser l’argent investi. »

### « Incapable d’obtenir des informations claires et transparentes… »

Plus loin, JP Morgan explique qu’un nouvel audit, en octobre 2008, n’a fait que confirmer ses précédentes conclusions : le manque de transparence des fonds Madoff.

« En octobre [2008], JP Morgan a reçu plusieurs appels téléphoniques de représentants de fonds nourriciers de Madoff et de leurs managers, explique JP Morgan. Au bout du compte, la banque est parvenue à la même conclusion que lors de son audit initial, en 2006-2007 ; JP Morgan était incapable d’obtenir des informations claires et transparentes concernant les fonds Madoff, elle n’arrivait pas à obtenir l’identité des contreparties des opérations OTC [over the counter] de Madoff [NDR : c'est-à-dire, les transactions effectuées de gré à gré, directement entre le vendeur et l’acheteur, en dehors de la Bourse], elle ne comprenait pas parfaitement les relations entre le « broker-dealer » [c'est-à-dire : Madoff] et le conseiller d’investissement, et elle a relevé le fait que les dépositaires des fonds Madoff ne détenaient pas, en réalité, les fonds en question. »

Une précision lourde de conséquence, puisque le dépositaire des fonds doit absolument garantir l’existence de l’argent.

Pourtant, au risque d’apparaître en contradiction avec ce qui précède, JP Morgan explique, la phrase suivante, qu’« en même temps, personne ne pouvait croire que Madoff était en train de commettre une fraude »

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finally - bettencourt madoff © radio-france

Dans un troisième passage, JP Morgan revient sur les conditions dans lesquelles, la banque commence à réduire son exposition sur les fonds Madoff (de septembre à décembre 2008), en pleine crise financière. Une nouvelle fois, la banque invoque « le même niveau imparfait de transparence » des fonds Madoff.

« Compte tenu de la perturbation des marchés financiers, le même niveau imparfait de transparence que JP Morgan avait déjà constaté lors de ses investissements initiaux, en 2006-2007, ne permettait plus d’être à l’aise en 2008. La mise à jour des audits a révélé toujours le même problème, concernant la transparence, ceci étant renforcé par le fait que des traders se soient retirés partiellement de fonds Madoff. »

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furthermore - bettencourt, madoff © radio-france
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Les responsables de JP Morgan Chase, comme ceux d’UBS, pourraient, à présent, être entendus par le juge Van Ruymbeke.

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