Frigide Barjot, égérie des anti-mariage pour tous
Frigide Barjot, égérie des anti-mariage pour tous © Reuters / Christian Hartmann

Le gouvernement français tente d'en finir à marche forcée avec le projet de loi pour le mariage homosexuel qui empoisonne le climat politique, prenant le risque de radicaliser un peu plus des opposants déterminés à ne "rien lâcher". Après son adoption à main levée vendredi dernier au Sénat et 110 heures de débats en première lecture à l'Assemblée, le texte, soumis lundi à la commission des Lois, sera examiné en seconde lecture par les députés de mercredi à samedi soir avant un vote solennel le 23 avril. Pour le président de la commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas, il n'y a pas de raison que l'Assemblée modifie le texte adopté par le Sénat et les députés pourraient faire un "conforme" afin d'achever les débats dès vendredi soir. "Logiquement, avant le week-end c'est une affaire qui devrait être entendue", a-t-il déclaré à Reuters.

Accélération contre radicalisation

Une accélération inacceptable du calendrier pour la droite qui dénonce un passage en force, de même que le collectif "La Manif pour tous" qui a décidé d'une nouvelle manifestation dimanche à Paris sous le slogan "Ils accélèrent, on accélère", et peut-être le 23 avril. Le gouvernement a demandé l'application du "temps législatif programmé", une procédure instaurée par la précédente majorité qui fixe à l'avance la durée des discussions, afin de limiter les débats à 25 heures et éviter ainsi des joutes interminables. En outre, les sénateurs ont introduit la possibilité pour l'exécutif de recourir aux ordonnances pour toutes les modifications législatives qu'entraînera ce texte. "Les provocations s'accumulent, ce pour une seule chose : il faut trouver une diversion à tout prix au scandale Cahuzac", a estimé le chef de file des députés UMP, Christian Jacob. En attendant, les "anti" ont décidé de prendre la rue. Soixante-dix opposants ont été interpellés dans la nuit de dimanche à lundi près de l'Assemblée nationale, alors qu'ils s'apprêtaient à installer des tentes, et ont été placés en garde à vue, a-t-on appris lundi de source judiciaire.

Ils comptent bien multiplier les opérations sauvages cette semaine et au moins jusqu'au vote solennel du projet de loi à l'Assemblée.

Le reportage d'Antoine Giniaux.

La porte-parole du Printemps français, Béatrice Bourges, à l'origine de l'opération, se dit "scandalisée par ces gardes à vue de jeunes qui sont juste un peu sortis des clous". Pour Me Frédéric Pichon, un de leurs avocats, il s'agit d'une mesure "disproportionnée et vexatoire".

"Arrête les frais, Frigide !"

Des opposants appellent à des rassemblements chaque soir à partir de mardi près de l'Assemblée. D'autres entendent poursuivre les "comités d'accueil" de ministres ou de personnalités favorables au projet de loi. Dimanche soir, des manifestants ont attendu le ministre de l'Intérieur Manuel Valls à la sortir d'un concert Salle Pleyel à Paris.

L'animateur de télévision Karl Zéro, le beau-frère de Frigide Barjot, figure de proue des anti-mariage gay, publie sur le site du Huffington Post une lettre ouverte à sa belle-soeur pour la prier d'"arrêter les frais". "On va faire quoi alors? On va s'entretuer, parce que ça détend ?" écrit-il.

Une lettre ouverte qui n'a pas plu à la principale intéressée, Frigide Barjot (au micro de Géraldine Hallot).

Vendredi dernier, lors d'un rassemblement aux abords du Sénat qui rassemblait plusieurs milliers d'opposants, Frigide Barjot - qui a amendé par la suite ses propos - a dénoncé "un déni de démocratie" et mis en garde le chef de l'Etat en ces termes : "Hollande veut du sang, il en aura!"

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