Dans le métro, ce soir, un groupe de clochards occupe les fauteuils. La seule femme du groupe se lève, le doigt pointé. Elle a une déclaration à faire, même si aucun des trois hommes ne l'écoute : "Moi, parfois, je parle à Dieu. C'est pas simplement une histoire de coucheries... C'est que parfois, j'ai besoin d'ouvrir mon coeur à quelqu'un". Elle se rasseoit, boit et replonge dans son mutisme. Le métro arrive, je le prends, un peu assommé par ce que je viens d'entendre, de surprendre, témoin de cette bouffée de poésie intense qu'un romancier aurait sans doute aimé écrire. Puis un vieillard malin s'introduit dans une rame surchargée, et le wagon entier a envie de hurler en regardant l'intrus qui déclare, joyeux : "On en met trop dans l'métro!". Silence rageur des passagers prêts à mordre. Il répète : "Je trouve qu'on en met trop dans l'métro!" Silence de mort. Nous ne sommes que deux à rire franchement. Lui. Et moi.

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