Voici les faits marquants en fin de journée en ce quatrième week-end de mobilisation des "gilets jaunes".

Une voiture en flammes dans Paris lors de la journée de mobilisation des gilets jaunes ce 8 décembre 2018.
Une voiture en flammes dans Paris lors de la journée de mobilisation des gilets jaunes ce 8 décembre 2018. © AFP / Thomas Samson

Mobilisation en baisse

Au total, 125 000 "gilets jaunes" ont été dénombrés sur toute la France, dont 10 000 à Paris. Une "mobilisation en baisse" selon Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l'Intérieur, dans le journal de 13 heures de France 2. 

1 385 interpellations en France

Samedi soir, les policiers parisiens avaient procédé à près de 1 385 interpellations dont 920 à Paris et donnant suite à plus de 975 gardes à vue dont 619 dans la capitale a expliqué le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, dans une conférence de presse. C'est beaucoup plus que le week-end du 1er décembre où le nombre d'interpellations n'avait pas dépassé les 412 arrestations. "Un point d'arrêt a été mis à l'escalade de la violence. Elle reste toutefois à un niveau certes contenu mais totalement inacceptable", a estimé le ministre même si "le dispositif fondé sur la mobilité, la réactivité, a permis de briser la dynamique des casseurs", selon lui.

Des blessés dans la capitale

Selon l'ARS, 126 personnes ont été prises en charge dans les hôpitaux parisiens et en banlieue. Près de 40 % ont quitté les services d'urgence. Ce décompte a été effectué à 20H. Le ministre de l'Intérieur a lui fait état de 118 blessés du côté des manifestants et 17 blessés du côté des forces de l'ordre. Des chiffres à comparer aux 201 blessés côté manifestants et 284 côté forces de l'ordre samedi 1er décembre.

"Retisser l'unité national"

Le Premier ministre Edouard Philippe a estimé samedi soir qu'il fallait "retisser l'unité nationale" et qu'Emmanuel Macron allait proposer des "mesures" en ce sens. "Le dialogue a commencé" a déclaré le chef du gouvernement, lors d'une visite au ministère de l'Intérieur. "Le président de la République s'exprimera. Il lui appartiendra de proposer les mesures qui viendront nourrir ce dialogue et qui permettront, je l'espère, à l'ensemble de la Nation française de se retrouver et d'être à la hauteur des enjeux qui sont déjà là et qui vont continuer à se poser dans les années qui viennent", a-t-il ajouté dans une allocution. 

"Les dégâts sont incommensurables. Il est inimaginable que nous revivions ça", a affirmé samedi soir la maire de Paris Anne Hidalgo après les dégradations qui se sont produites en marge de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris samedi. Elle a également remercié "sincèrement" samedi soir "la Préfecture de police et l'ensemble des forces de police et de gendarmerie et les services de secours, qui ont assuré la sécurité des Parisiens et des manifestants avec professionnalisme, dans des conditions difficiles".

Affrontements sur les Champs-Élysées et les Grands boulevards

De nombreux groupes, de petite taille et très mobiles, se sont retrouvés à proximité de l'Arc de Triomphe et alentours dans la matinée. Pour les disperser, les forces de l'ordre ont utilisé jusque-là  des grenades assourdissantes et des bombes lacrymogènes. La manifestation des Champs-Elysées s'est achevée vers 18h30 avec des évacuations dans le calme. 

Pourtant, plus tôt dans l'après-midi, les canons à eaux avaient été utilisés pour repousser des manifestants. Les pompiers ont aussi du intervenir pour éteindre des panneaux de bois arrachés qui protégeaient des magasins et auxquels des "gilets jaunes" ont mis le feu.  

Place de la République les incidents se prolongent

Des échauffourées se sont poursuivies jusqu'à tard dans la soirée place de la République, où des scènes de pillages de magasins ont eu lieu, les casseurs - très mobiles - jouant au chat et à la souris avec les forces de l'ordre.

Des casseurs dans Paris

Selon des reporters de France Inter, des groupes de casseurs circulaient dans la capitale depuis la fin de journée, se déplaçant à scooter ou à vélo dans les 8 et 17e arrondissements de Paris. Plusieurs voitures ont aussi été brûlées, boulevard de Courcelles et avenue de Friedland. Près du parc Monceau, des casseurs ont affronté les policiers après avoir déclenché plusieurs incendies, des véhicules ou des scooters. En début de soirée des affrontements avaient lieu autour de la place de la République

Sur les Champs-Élysées, des manifestants dont certains habillés d'un gilet jaune ont tenté de mettre le feu à des sapins devant le Drugstore Publicis, d'autres ont pillé un café Starbucks près de la gare Saint-Lazare.  

Dans le quartier des Champs-Élysées, des manifestants ont tenté de monter des barricades.
Dans le quartier des Champs-Élysées, des manifestants ont tenté de monter des barricades. © AFP / Zakaria ABDELKAFI
Une voiture brûlée Boulevard de Courcelles, samedi 8 décembre.
Une voiture brûlée Boulevard de Courcelles, samedi 8 décembre. © AFP / Bertrand Guay
Premières grenades lacrymogènes utilisées sur les Champs-Elysées.
Premières grenades lacrymogènes utilisées sur les Champs-Elysées. © AFP / Lucas BARIOULET

2 000 de gilets jaunes à Marseille, des heurts dans les grandes villes de France

À Marseille, plus de 2 000 "gilets jaunes" ont défilé sur le Vieux port vers la préfecture de région, avant de rejoindre la manifestation pour le climat et, en parallèle, des échauffourées sur la Canebière avec des manifestants cagoulés. Une douzaine de personnes ont été placées en garde à vue. 

À Bordeaux, des heurts ont éclaté avec les forces de l'ordre et la manifestation pacifique, qui a rassemblé jusqu'à 4 500 manifestants, a dégénéré sur la place face à l'hôtel de ville vers 16H. Des manifestants ont notamment lancé des cocktails molotov provoquant de violents incendies. 44 personnes ont été interpellées dont 25 ont été placées en garde à vue. On compte 26 blessés pris en charge par les secours à Bordeaux. Un homme a été grièvement blessé à la main par l'explosion d'une grenade qu'il venait de ramasser. Le retour au calme est intervenu après 21H.

À Lyon, des échauffourées ont aussi éclaté et 23 personnes ont été interpellées. Des groupes ont lancé des fumigènes et des bouteilles contre les forces de l'ordre qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes.

À Toulouse, les participants à la Marche pour le climat ont été rejoints par les manifestants "gilets jaunes" ; certains d'entre eux se sont opposés aux forces de l'ordre. La préfecture dénombre 12 blessés, dont 4 policiers. 38 personnes ont été interpellées suite à des violences contre des policiers ou avec différentes armes" (des bombes artisanales, des armes blanches, des marteaux, des gourdins, des liquides inflammables) en Haute-Garonne ce samedi, indique le préfet du département et de la région Occitanie. La préfecture a également recensé 3 200 manifestants sur 21 points dans le département de Haute-Garonne, dont 5 500 à Toulouse. Sept personnes ont été blessées et 24 personnes interpellées. 

Tensions dans le centre-ville de Marseille.
Tensions dans le centre-ville de Marseille. © AFP / Boris Horvat

À Nantes, alors que la manifestation se déroulait dans le calme jusqu'alors, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes vers 14h30 pour disperser des manifestants devant la préfecture de Loire-Atlantique. Treize personnes ont été interpellées et un policier a été blessé.  

À Rennes, des affrontements entre manifestants aux visages masqués et forces de l'ordre ont fait rage. La brigade anti-criminalité a chargé un groupe près de l'hôtel de la métropole. 

Au Puy-en-Velay, plus de 1 500 personnes ont défilé dans le calme avant que la manifestation ne dégénère. Quelque 500 manifestants ont tenté de faire brûler un panneau près des grilles de la préfecture, dont le bâtiment a déjà été incendiée le 1er décembre par des manifestants. Les gendarmes ont usé de gaz lacrymogènes. 

À Grenoble, un cortège de "gilets jaunes" qui défilait dans le centre-ville a été bloqué et une quinzaine de personnes ont été interpellées en raison "de comportements dangereux" et "d'incivilités graves" indique la Préfecture. Leur leader, Julien Terrier, considéré un temps comme l'un des portes-parole du mouvement national avait été interpellé avant même le départ du cortège comme l'explique France Bleu Isère. Sa garde à vue a été levée en fin de journée. 

À Narbonne, 1 600 "gilets jaunes" ont défilé dans le calme avant que la situation ne soit plus tendue face aux forces de sécurité. 

À Saint-Etienne, une voiture de police a été incendiée en marge de la manifestation des "gilets jaunes" qui avait réuni 2 000 personnes. Près de 200 jeunes ont affronté les forces de l'ordre qui voulaient les empêcher d'accéder à la préfecture. On compte une vingtaine d'interpellations. Des manifestants se sont positionnés devant une bijouterie de la Grand'Rue pour empêcher son pillage par des casseurs et ont aidé deux employés bloqués à l'intérieur à se glisser sous le rideau métallique. Le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau (Les Républicains), a accusé le gouvernement d'avoir privilégié la capitale au détriment des autres grandes villes

À Bruxelles, une centaine d'arrestations

400 personnes ont été arrêtées samedi à Bruxelles à l'occasion d'une manifestation de "gilets jaunes". Certains "gilets jaunes" ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre à hauteur du quartier des institutions européennes, entièrement fermé à la circulation des véhicules et des piétons. Au bout de cinq heures de tensions, le calme est revenu. Le mouvement s'est exporté en Belgique, en particulier dans la région francophone de Wallonie.

Erdogan et Trump se paient Macron

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan a critiqué samedi la "violence disproportionnée" des autorités françaises, assurant qu'ils suivait "avec préoccupation" la situation. "Ah ! Voyez un peu ce que font les policiers de ceux qui critiquaient nos policiers" a-t-il raillé. La Turquie est pourtant régulièrement critiquée pour son manque de respect des droits de l'Homme. 

Donald Trump, le président américain, a quant à lui raillé le président français dans un tweet : "L'accord de Paris ne marche pas si bien que ça pour Paris. Manifestations et émeutes partout en France. Les gens ne veulent pas payer de grosses sommes d'argent, beaucoup aux pays sous-développés (qui sont gouvernés de manière discutable), avec l'objectif, peut-être, de protéger l'environnement". Et de conclure : "Ils chantent 'Nous voulons Trump'. J'adore la France".   

Éric Drouet entendu samedi matin

L'un des principaux instigateurs du mouvement, Éric Drouet - qui avait appelé sur le plateau de BFM TV mercredi à "renter "dans l'Élysée - a été entendu samedi matin par la PJ de Versailles lors d'une audition libre, qui a duré cinq heures. Le parquet de Paris avait ouvert une enquête pour "provocation à la commission d'un crime ou d'un délit" et "organisation d'une manifestation illicite", après un signalement du préfet de police de Paris.

"Je mange de la merde (...) On n'en peut plus !" 

"Que diriez-vous à Emmanuel Macron s'il était en face de vous ?" C'est la question qu'a posé l'une des journalistes de France Inter aux "gilets jaunes" présents sur les Champs-Élysées à Paris. "Il faut qu'il parle et qu'il fasse des efforts. Moi je dois attendre un mois sur l'autre pour acheter des chaussures aux enfants. Je me saigne pour leur faire plaisir. Je mange de la merde, les produits les moins chers possibles. On n'en peut plus. Il doit entendre ça" raconte Christopher, 30 ans, intérimaire, père de quatre enfants, Argentan (Orne). Tous les témoignages recueillis sont à lire dans notre article

Partout en France, des banderoles et des slogans

De Paris à Marseille, les slogans sont nombreux sur les pancartes des "gilets jaunes". "Très chers bourgeois, désolé de vous déranger, pourrions nous tou.te.s vivre dignement svp", "Illettrés, fainéants, gaulois réfractaires en colère" : nous avons réalisé un florilège des slogans de ce samedi.

"Nous aussi, on veut payer l'ISF" est écrit sur cette banderole, vue sur les Champs-Élysées.
"Nous aussi, on veut payer l'ISF" est écrit sur cette banderole, vue sur les Champs-Élysées. © Radio France / Vanessa Descouraux
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