Bientôt 84 ans, Agnès Varda. Il faut la voir déambuler dans les salles que lui consacre le musée paul valéry, à Sète, au milieu de ses installations. Quand elle juge que les institutrices accompagnent leurs élèves sans conviction, elle les attrape par le col et dit: "On reprend avec moi, depuis le début !" Quand, la fin de la visite, une petite fille lui souffle à l’oreille : « Madame, vous avez de la chance, vous avez beaucoup d’imagination ! », elle biche, Agnès Varda...

On partage le plaisir des enfants pour l’univers de la cinéaste et photographe. Elle expose par exemple des photos de patates ou des films sur les patates d’une telle façon que la pomme de terre n’apparait plus comme un légume pauvre, elle peut prendre la forme d’un cœur. Ou quand le légume germe, il donne à l’image l’impression qu'il possède un coeur qui bat. Agnès Varda aime mêler des photos à des films. Au centre, elle place une petite fille devant une vache (une photo d’autrefois) et de chaque côté de l’image, des vaches en couleurs sont filmées en train de brouter ou de poser pour la cinéaste. On croirait du coup que la photo centrale se met à vivre, à s’animer.

A Varda
A Varda © Radio France / A Varda

Ses films le prouvent, de "la Pointe courte" en 54 et du « Bonheur » en 1965 aux

« Plages d’Agnès » en 2008, la cinéaste aime enchanter la réalité et aussi entretenir une mémoire, laisser des traces avec son art. Elle regarde et interroge les autres. C'est une femme à l’écoute. L’une de ses plus belles photos date de 56, prise sur la terrasse de la cité radieuse de l’architecte le Corbusier à Marseille. Figurent plusieurs personnes dont une femme qui photographie un couple avec un enfant. A partir de cette photo, Varda a imaginé une fiction. Elle a réalisé un court métrage imaginant ce qui s’est passé avant et après cet instant décisif.

L’exposition déborde de curiosité et d’amour pour l’autre et Varda, ancienne camarade de Jean Vilar (elle était la jeune photographe du TNP), conserve cette merveilleuse et revigorante croyance en l’art comme moyen de s’élever, de vivre mieux, l’art pour tous.

A Avignon, à la collection Lambert, le brésilien Vik Muniz expose son « musée imaginaire ». Là aussi, les enfants se passionnent. Ce brésilien de 50 ans qui vit entre son pays natal et New York invente un art ludique. Il recrée des images célèbres avec n’importe quel type de matériau. Vous croyez que tel tableau est un Picasso, mais quand vous vous approchez, vous comprenez qu’il s’agit d’une reconstitution, avec des morceaux de papier, ou avec des pigments, ou avec des morceaux de puzzle.

Ce portrait de Marylin que l’on croit signé Andy Wharol est en fait une reconstitution avec du sang. D’autres matières sont utilisées pour faire renaître une image célèbre, des diamants pour le visage de Marlène Diétrich ou des fleurs de couleur jaune et brune pour reproduire « le semeur » de Van Gogh.

V Muniz
V Muniz © Radio France / Vik Muniz

Vik Muniz est né dans une famille modeste de Sao Paulo, il a appris à dessiner en regardant les photos dans les magasines, d’où son goût pour les couleurs vives.

Il s’est retrouvé à New-York où il a exercé mille petits boulots et a eu l’idée de projeter une œuvre célèbre sur le sol avec un vidéo projecteur, puis de reproduire cette œuvre avec tous les matériaux que je viens de citer, liquide ou solides. C’est comme cela qu’il fonctionne, il projette, en plongée, une image sur le sol et la reconstitue puis photographie le résultat. La Joconde en confiture et beurre de cacahuetes, Freud en chocolat.

Ca semble un jeu d’enfant, mais on devine en passant du temps dans son Musée imaginaire, le travail de titan qu’impliquent ces reproductions si originales. Comme on devine aussi la grande culture de Vik Muniz qui a le don de s’adresser, lui aussi, à tous les publics.

Vic Muniz, à la collection Lambert, à Avignon, jusqu’au 13 mai, "Le musée imaginaire", avec un catalogue publié chez Actes Sud.

Agnès Varda à Sète jusqu'au 22 avril, "Y a pas que la mer".

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