E Limonov
E Limonov © Radio France / vincent josse

Barbiche blanche à la Lénine, des lunettes, le visage émacié d’un homme de 69 ans,

Edouard Limonov a été interpelé lundi 5 mars, alors qu'il manifestait à Mocou, avec des partisans de son parti d'opposition "l'Autre Russie". Il avait annoncé qu'il manifesterait aujourd'hui, au lendemain de ce qu'il savait prévisible: la réélection de Poutine. En fin de journée, les policiers l'ont libéré. Comment Poutine va-t-il gérer la nouvelle opposition?

Il y a une semaine, Limonov recevait l'équipe de "Square", d'Arte, dans son bureau spartiate, l’un des lieux qu’il occupe à Moscou, avec le regard traqué d'un homme qui dit "ne pas avoir peur" mais a déja passé du temps en prison, comme opposant.

Deux gardes du corps à l’entrée, Limonov, dont le parti national bolchévique a été interdit en 2007, se sait sous surveillance. Et quand il vous emmène en voiture dans sa volga noire, entouré de ses deux molosses, conduit par un chauffeur borgne qui fonce en dérapant sur la neige, vous n’êtes pas le plus tranquille des hommes.

Dans son bureau, donc, beaucoup de photos de lui. Sa vie, résumée en images, et le roman de Carrère vous revient en mémoire. La vie si romanesque d’un homme mi ange mi diable aux vies multiples qui de Karkhov en Ukraine à Moscou, de New York à Paris, dans les Balkans puis à Moscou de nouveau, ne cesse de courir après la gloire, sans jamais la rencontrer. C’est la vie d’un guerrier ou plutôt d’un aventurier qui a écrit « Journal d’un raté ».

Lui, en tee shirt blanc, période américaine. Quand il rêve de devenir la star de la dissidence à New York et sombre dans la misère la plus noire puis travaille comme majordome chez un millionnaire.

Limonov à Paris, les années 80, il se rêve auteur best seller, mais c’est encore une désillusion.

Il y a aussi des photos en couleurs. Limonov en treillis, années 90. Après Paris, l’époque de l’homme soldat. L’amoureux de la Grande Russie est photographié aux côtés du leader serbe Radovan Karadzic, lors du siège de Sarajavo. Je lui demande : « Pourquoi avoir combattu à ses côtés? » Il répond: «Parce que Karadzic a dirigé l’Etat des serbes de Bosnie à un moment très difficile. Les serbes ont vécu là bas des siècles et des siècles et ont le droit d’y vivre encore. En 92, ils avaient besoin d’un soutien moral, surtout côté russe. Alors je me suis porté volontaire, j’ai combattu avec ces soldats. Je suis du côté de ceux qui perdent ».

Aujourd’hui, le treillis de Limonov dort dans sa penderie. L’homme qui n’a aucun doute sur son intelligence et son talent d’écrivain, réél, c’est vrai, l’homme porte un costume élégant, il dirige le comité directeur du parti « l’autre Russie ». Le pouvoir lui a refusé l’autorisation de se présenter à la présidentielle, en prétendant qu’il n’avait pas suivi la bonne procédure.

4 candidats ont eu le droit de se présenter contre Poutine, mais pas lui, Limonov.

Il est furieux et plus que jamais décidé à combattre l’injustice. Il rêve d’une résistance civile à ce qu’il appelle cet « Etat policier ». Il n’écrit pas en ce moment mais ses livres reparaissent, en France. De l’autofiction passionnante, un style direct et musclé, une littérature dans laquelle il injecte son vécu, sans tricher.

Lisez-le roman de Carrère mais lisez aussi ce qu’a écrit Limonov : « Journal d’un raté », « mes prisons » ou « discours d’une grande gueule coiffée d’une casquette de prolo ».

"Square" sur ARTE+7 jusqu'au dimanche 11 mars.

http://videos.arte.tv/fr/videos/square-6433694.html

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.