« This must be the place », c’est le titre du nouveau film de Paolo Sorrentino avec Sean Penn dans le rôle de Cheyenne une ancienne star du rock qui depuis sa retraite dorée dublinoise va partir à New York pour y venger la mémoire de son père récemment décédé.

Comme il se murmure ce soir que ce film pourrait avoir la Palme, je préfère prendre date et jouer franc jeu : je m’y suis considérablement ennuyé. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas à mes yeux dans cette grosse machine doublement mémorielle (les années 70 plus les années 40 puisqu’il s’agit également d’une traque à l’ancien criminel de guerre nazi…) ? Peut-être cela justement : la recherche délibérée d’une nostalgie d’un côté et d’une bonne conscience de l’autre. Un « toujours ça » appliqué à la musique de David Byrne, entre autres, et un « plus jamais ça » destiné à un devoir de mémoire en guise de génuflexion. Quand le premier s’avère évidemment sympathique mais finalement peu productif, le second peut se lire hélas comme un passage obligé, comme si la « faiblesse » de la mémoire musicale devait être compensée par la lourdeur de la mémoire historique. Comme si Sorrentino avait finalement calé devant l’idée de ne faire qu’un biopic totalement inventé et s’était cru obligé de lui adjoindre un volet mémoriel aussi artificiel que dérisoire. On aurait pu aimer ce seul biopic-là, ne serait-ce que dans sa façon joyeuse de faire la nique à la vague déferlante des biopics qui nous a submergés depuis dix ans et souvent avec de bien mauvaises vagues ! Mais Sorrentino, pris par l’esprit de sérieux, fait son petit Lumet ou son petit Pollack pour ce premier opus américain. Alors même que son véritable champ serait plutôt celui des frères Coen d’ailleurs revendiqué à travers la présence de Frances Mc Dormand. Mais les deux frères se seraient montrés assurément plus subtils dans la narration et n’auraient pas transformé la quête du père en aussi lourde quête historique… Le pire de tout, c’est malheureusement Sean Penn dans un étourdissant numéro de cabot grimé en permanence comme s’il était encore sur scène. Dans ce rôle de vrai-faux dépressif qui va reprendre du poil de la bête, il en fait hélas des tonnes et des tonnes. Contribuant à alourdir le propos susmentionné et rendant plus difficile encore l’adhésion à ce personnage et à son histoire tourmentée.

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