[scald=26645:sdl_editor_representation]par Eric Vienne

SHANGHAI (Reuters) - La deuxième médaille de bronze obtenue mercredi par Camille Muffat sur 200 m nage libre aux Mondiaux de Shanghai, après celle du 400 m, confirme la mue tant technique que psychologique opérée depuis un an par la nageuse niçoise.

Son entraîneur Fabrice Pellerin ne manquait pas d'images au moment de faire un premier bilan des deux premières médailles mondiales en grand bassin de sa protégée.

Pour lui, c'est sûr, ces championnats du monde marquent un "grand pas en avant" dans la progression de Camille. "C'est comme un accouchement. Une renaissance."

L'acte de naissance de Muffat, 21 ans, indique le 28 octobre 1989 à Nice. Son acte de naissance sportive date, lui, du 16 avril 2005 à Nancy. Une entrée par effraction dans le gotha de la natation française.

Par effraction ? Oui, car ce jour-là la jeune Camille, 15 ans, débarque de nulle part pour battre Laure Manaudou sur 200 m 4 nages et lui chiper son record de France. LA Laure Manaudou, auréolée de son titre olympique sur 400 m nage libre à Athènes un an plus tôt. Crime de lèse-majesté.

Il n'en faut pas plus pour que la "petite" Muffat (1,82m) soit propulsée au rang de grand espoir de la natation tricolore. Malheureusement, le poids des attentes et l'ombre tutélaire de Manaudou ne favorisent pas l'épanouissement.

Camille nage excellemment bien dans toutes les disciplines, au point de se spécialiser sur le 4 nages, mais elle va de déception en déception lors des grands rendez-vous.

Une médaille de bronze européenne glanée en 2008, une autre mondiale en relais en 2009 ne traduisent pas avec fidélité le talent que tous les spécialistes de la natation lui prêtent.

"DE BEAUX JEUX DEVANT ELLE"

Alors qu'est-ce qui cloche ? Le 4 nages d'abord, cette discipline qui consacre les polyvalents mais qui demande une telle d'ébauche d'énergie.

La décision tombe en septembre dernier, après une énième déception lors des championnats d'Europe de Budapest: Muffat passe au crawl, exclusivement. Ça tombe bien, depuis la retraite de Laure Manaudou, la place est libre.

"Le crawl, c'est plus simple, plus facile", explique l'intéressée. "C'est plus marrant." Tout serait donc une question de plaisir.

"J'étais allé vers le 4 nages parce que je savais tout nager, j'étais assez forte partout. C'est ce qui paraissait le plus logique. Maintenant, je pense que le crawl me correspond vraiment."

Voilà pour la mue technique. Au niveau psychologique, Muffat aussi a changé. Plus sereine, moins stressée dans l'approche des grands événements, peut-être parce qu'à force de se décevoir elle-même, elle a décidé de se moquer de décevoir les autres.

"Je sais désormais dans quel état il ne faut pas être, les choses auxquelles il ne faut pas penser. Je ne fais pas une montagne d'être aux Championnats du monde, on retrouve les mêmes personnes que dans les meetings. Y a un moment, faut commencer à savoir gérer ça. Il est peut-être temps."

Avant Shanghai, il y avait eu Dubai, en décembre, avec un titre mondial en petit bassin sur 200 m. Tout bon pour l'égo et la confiance d'une championne.

Son entraîneur, Fabrice Pellerin, voit désormais Camille comme "une femme bien structurée, professionnelle, sereine, en confiance" et plus comme "une jeune ado boutonneuse".

Serait-ce la conséquence des échecs qui l'ont fait grandir?

"Elle a eu deux bonnes années de disette. Dans ces cas-là, il y a deux solutions: soit on se résigne, soit on se révolte, on insiste, on persévère. C'est la voie qu'elle a choisie."

Et de rappeler que sa protégée, malgré son arrivée précoce au plus haut niveau, a encore tout l'avenir devant elle.

"On a l'impression que Camille est là depuis la nuit des temps, qu'elle fait partie des murs, alors que c'est encore une très jeune nageuse. Elle a encore de beaux Jeux devant elle. Et pas seulement ceux de Londres."

Edité par Henri-Pierre André

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