[scald=27487:sdl_editor_representation]par Eric Vienne

SHANGHAI (Reuters) - On ne sait pas vraiment ce qui leur a fait le plus plaisir et les a rendus le plus fiers, avoir décroché la médaille d'argent aux Mondiaux de Shanghai ou avoir inquiété les Américains que l'on disait intouchables ?

Un an après la médaille de bronze européenne du relais 4x200m français, les Français Yannick Agnel, Grégory Mallet, Jérémy Stravius et Fabien Gilot se sont surpris eux-mêmes vendredi à Shanghai.

Ils ont rivalisé jusqu'aux 700m avec Michael Phelps, Ryan Lochte et leur bande, médaillés d'or en 7'02"67, pour raboter leur record de France du 4x200m nage libre de près de cinq secondes, 7'04"81 contre 7'09"70.

Dans un Oriental Sports Center en fusion, la troisième place de la course a été prise par la Chine (7'05"67) grâce à un dernier relais ébouriffant de Sun Yang.

En natation, l'adage veut que le relais 4x200m soit le révélateur de la force d'une nation. Les Français ont donc gagné plus qu'une médaille d'argent, le respect des Etats-Unis.

A commencer par Yannick Agnel. Parti en tête, le Niçois a transmis le relais à Grégory Mallet en deuxième position (1'45"25) derrière l'Allemand Paul Biedermann mais devant le grand Michael Phelps.

"Quand j'ai vu que c'était Phelps qui lançait le relais, je me suis dit 'revenge' (revanche, ndlr). Je suis vraiment content de l'avoir battu mais la pression n'était pas la même que lors de la finale du 200m", dit-il.

Déçu de ne pas avoir décroché de podium en individuel sur 200m et 400m, Agnel savoure cette médaille collective qui rend son bilan personnel beaucoup moins amer.

"C'était ma dernière course de ces Mondiaux. Repartir avec une breloque autour du cou, c'est génial", dit-il.

L'autre grand artisan de cette deuxième place est Jérémy Stravius, qui n'en finit plus de surfer sur la vague depuis le début des Mondiaux avec une troisième médaille (une d'or et deux d'argent).

"ON LES A FAIT VACILLER"

Auteur d'un troisième relais en 1'45"40, le Picard, qui a réalisé des coulées splendides, s'est même payé le luxe de transmettre le flambeau à Fabien Gilot en première position.

"On s'est surpris. Il y avait un champion du monde et un vice-champion du monde à côté et on a rivalisé. On finit à deux secondes, on est dans les clous à 700m."

Stravius a raison de situer le tournant aux 700m. C'est le moment choisi par Ryan Lochte pour "tuer" la course d'une coulée dont lui seul a le secret. A la bagarre avec Fabien Gilot en touchant le mur, il est ressorti de l'eau trois mètres devant.

Cela n'a pas empêché le Nordiste de savourer après la déception individuelle de sa 5e place sur 100m nage libre.

"Ça a été un grand moment, la piscine était en feu, je pense qu'il y avait une bonne partie du public qui voulait qu'on batte les Américains. Il y avait aussi les Chinois qui revenaient. ça restera un grand souvenir", a-t-il dit.

Cette médaille d'argent est aussi le fruit d'une stratégie de course finement élaborée. Le directeur technique national, Christian Donzé, la décrypte.

"L'idée, c'était de mettre Yannick au start pour être au contact d'entrée. Ensuite, de lancer quelqu'un qui ne devait pas se laisser décrocher de plus d'une seconde, ce qu'a parfaitement fait Greg. En troisième position, il fallait quelqu'un (Stravius) capable en une coulée de revenir sur l'Américain et, enfin, quelqu'un capable de mourir dans l'eau à la fin", dit-il.

Gilot a appliqué à la lettre la consigne. Il est sorti éreinté du bassin et avait du mal à récupérer. Plus d'une demi-heure après la course, le médecin des Bleus, Jean-Louis Bouchard, passe à proximité et il lui lance: "'Doc', j'ai failli avoir besoin de toi, j'étais livide en sortant de l'eau. Même là, je me sens encore tout chaud."

Gonflés de confiance par cette médaille, les Français ne s'interdisent aucun espoir en vue des Jeux olympiques de Londres.

"Phelps le disait en conférence de presse: le 4x200 est à eux depuis des années et ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas été embêtés comme ça. Jusqu'aux 750 mètres, ils sont dans le doute", s'enthousiasme Gilot.

Agnel, lui, lance une promesse: "Si on bosse le relais, y a moyen." De battre les Américains à Londres ? "Oui. On a fait 750m avec les Ricains, l'année prochaine on en fera 800. On les a fait vaciller, on leur a prouvé qu'on était là."

Édité par Jean-Paul Couret

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