[scald=27199:sdl_editor_representation]par Eric Vienne

SHANGHAI (Reuters) - Il est entré en salle de presse et a été ébloui par les projecteurs. Il s'est assis ensuite sur une chaise et a demandé aux journalistes de prendre quelques mètres de recul: "Désolé, je suis un peu agoraphobe."

Il est comme ça William Meynard. Nature, décontracté, il dit ce qu'il pense et fait ce qu'il dit. Puisque cette attention dont il est l'objet, soudaine et oppressante, le gêne un peu, autant faire passer le message. Poliment et avec un beau sourire.

"Je n'aime pas trop parler de moi, c'est difficile."

Il va falloir apprendre car Meynard, 24 ans, vient de rentrer dans le cercle très fermé des Français médaillés aux Mondiaux sur 100m nage libre. Ils n'étaient que quatre avant lui: Michel Rousseau, Stefan Caron, Alain Bernard et Frédérick Bousquet. Attention, lumière !

Ce Marseillais pur sucre a longtemps été maintenu dans l'ombre du sprint français par l'aura des Alain Bernard, Frédérick Bousquet ou Amaury Leveaux. Il n'avait ni leur palmarès, ni leur physique même s'il fait lui aussi partie de la catégorie des nageurs biens charpentés, du haut de son mètre 92 et de ses 85 kg.

Depuis une semaine, il ne cessait de clamer son ambition de devenir champion du monde du 100m et, en toute honnêteté, celle-ci avait été un peu prise pour de l'intox, dont raffolent les rois du sprint, sorte de grandes gueules en slip de bain.

Lui le disait d'une voix tellement faible et calme, d'un ton tellement monocorde, que cela sentait la méthode Coué à plein nez.

Tout faux. Il y croyait et il avait raison. Certes, il n'est "que" médaillé de bronze - "Je suis déçu mais quand même très content" (sic) - mais il est tombé sur deux grands nageurs, l'Australien James Magnussen et le Canadien Brent Hayden, et a réalisé son meilleur temps de l'année.

"Je trouve que 48"00 pour être sur le podium, ce n'est pas un podium galvaudé. C'est une vraie belle finale d'une grande densité", salue son entraîneur Romain Barnier.

MEYNARD A FRANCHI UN CAP

C'est justement de sa prise en main par Barnier il y a cinq ans, après une expérience malheureuse à Font-Romeu, que Meynard situe le déclic qui l'a mené vers le plus haut niveau mondial.

Et c'est donc naturellement vers lui qu'il s'est dirigé à la sortie de l'eau, faisant fi du protocole et de la pauvre petite volontaire chinoise qui lui courait après, en vain.

"Il avait envie de partager ça dans la seconde", décrypte Barnier. "Dans ces cas-là, il s'en fout du protocole, ça lui colle bien. Il fallait envoyer une armée pour l'arrêter."

Impulsif, à n'en pas douter.

"On a eu des belles engueulades", raconte Barnier. "En février dernier, en Floride, il a fait six ou sept kilomètres à pied pour rentrer à l'hôtel parce que je l'avais viré d'une séance d'entraînement et qu'il était vexé."

Barnier est intarissable sur son nageur, "attachant, différent", "entier", "passionnant". Certains l'ont catalogué comme un peu "fou", "déjanté", ce que lui-même ne nie pas.

"William, c'est soit on l'aime, soit on le déteste, il n'y a pas grand chose au milieu. S'il sent qu'on l'aime, il donne beaucoup, s'il sent qu'on ne l'aime pas, il est assez désagréable à côtoyer."

Dans sa vie d'homme comme de sportif, Meynard est conscient d'avoir franchi un cap depuis un an et sa médaille de bronze aux championnats d'Europe de Budapest.

"L'an dernier, je ne savais pas quel nageur j'étais, quel niveau j'avais. Là, je confirme, je commence à me découvrir, à me connaître en tant que nageur. Je gère mieux le stress."

Vraiment William ? Oh, le gros mensonge. Barnier, son entraîneur, raconte une dernière anecdote.

"Il se crée beaucoup plus de peur que les autres mais quand il bascule au-dessus, il y a beaucoup plus de force qui en ressort. Hier, avant les séries, il a vomi pendant une demi-heure avant de me dire: 'Ça y est je me sens bien, je suis prêt à y aller'."

Edité par Olivier Guillemain

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