par Yann Le Guernigou

Avec Emmanuel Jarry, édité par Chine Labbé

STRASBOURG (Reuters) - Nicolas Sarkozy a promis jeudi de ne pas transiger dans la défense des valeurs et des institutions de la République, pour ne pas "ouvrir une brèche pour les semeurs de haine et de violence".

Pour son premier meeting après trois jours dominés par la tuerie de Toulouse et la traque de son auteur, le président-candidat est revenu d'emblée sur cet événement qui avait trouvé son épilogue dans la matinée lors d'un discours consacré par ailleurs à l'Europe et à la politique internationale.

Il a dénoncé des crimes odieux perpétrés non par un fou d'après lui mais par "un fanatique, un monstre" et estimé que chercher une explication à son geste, "laisser entrevoir la moindre compréhension à son égard ou pire, lui chercher la plus petite excuse, serait une faute morale impardonnable".

Réfutant les critiques de ses adversaires, il a déclaré que mettre en cause la société dans cette affaire, "montrer du doigt la France, la politique, les institutions" était "indigne".

"Ce n'est pas faire preuve d'un esprit de responsabilité dans un moment où la nation a besoin d'unité", a-t-il dit.

Pour Nicolas Sarkozy, "la France n'est pas coupable" des sept morts de Toulouse et Montauban et il n'y a pas dans le pays un climat qui puisse expliquer ces crimes, "parce que ces crimes sont inexplicables et inexcusables".

À un mois jour pour jour du premier tour de la présidentielle, il a fait un lien entre ces événements et la nécessité de défendre les valeurs de la République, un de ses thèmes récurrents, déclarant qu'on ne pouvait transiger sur le respect dû à l'autorité de l'État, à la justice, aux enseignants, aux élus.

Il a également évoqué les médecins qui sont l'objet de violences dans les hôpitaux et les pompiers attaqués à coups de pierres quand ils interviennent dans certaines cités.

"À chaque fois que nous acceptons le moindre relâchement dans la défense des valeurs et des institutions républicaines, nous affaiblissons le trait d'union qui relie entre eux tous les citoyens de notre pays (...) et nous ouvrons une brèche pour les semeurs de haine et de violence", a-t-il dit.

"RESPONSABILITÉS PARTICULIÈRES"

"Ceux qui seraient tentés de s'enfermer dans une hostilité radicale à la République, ceux qui voudraient l'abattre, ceux qui, par leurs propos, leurs comportements, encourageraient le fanatisme et feraient prévaloir des idées qui sont contraires à nos valeurs, ceux-là doivent savoir que la République n'aura à leur égard aucune indulgence. Nous ne leur passerons rien", a-t-il ajouté.

En matière de politique internationale, Nicolas Sarkozy a utilisé un vocabulaire très gaullien en évoquant les "responsabilités particulières" de la France en Europe et dans le monde.

Ces responsabilités ont directement inspiré, selon lui, ses interventions en Libye et en Côte d'Ivoire, sa médiation en Géorgie, ses initiatives pour lutter contre la crise financière mondiale et promouvoir le rôle du G20 comme tribune pour en discuter ou encore circonscrire la crise de la zone euro.

La ville de Strasbourg avait été choisie à dessein pour ce discours où l'Europe a été largement évoquée. Pour la renforcer, Nicolas Sarkozy a indiqué qu'il se fixait pour les cinq prochaines années la tâche de "faire converger le plus possible la France et l'Allemagne".

Il est revenu sur ses menaces de sortie du traité de Schengen et les impératifs de réciprocité commerciale, qu'il a défendus au début du mois lors de son grand meeting de Villepinte, pour estimer qu'une Europe "qui subit, qui ne se protège pas, qui ne défend pas ses intérêts (...) éclatera parce que les peuples la rejetteront".

Le président candidat est arrivé dans la salle en compagnie de son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, qu'il a fait applaudir. Il n'a pas manqué de relever la présence d'un autre invité de marque, l'ancien ministre socialiste de l'Éducation nationale, Claude Allègre, qui a déjà dit tout le mal qu'il pensait du candidat PS François Hollande.

Et il a conclu son intervention en revenant sur sa journée "si particulière" : "Dans une journée, je me dois d'être président de la République face à la douleur des victimes, président de la République face à des décisions graves, (...) et en même temps candidat. Ici, dans cette journée si particulière, où j'ai fait mon discours en pensant à l'étrangeté de cette journée, je veux vous dire une chose : aidez-moi!"

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Lien image Sarkozy à Strasbourg #CDC2012 © Radio France
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