Les dernières avancées de l’enquête révèlent que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait bâti son projet d’attentat avec plusieurs complices, et plusieurs mois à l’avance.

Nice, la Promenade des Anglais deux jours après l'attaque
Nice, la Promenade des Anglais deux jours après l'attaque © Maxppp / CLEMENT MAHOUDEAU

Le procureur de Paris François Mollins a salué ce jeudi le "travail considérable’’ des quelques 400 enquêteurs qui ont permis, toutes catégories confondues, de faire apparaitre de nouveaux éléments sur les motivations de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, dont le camion lancé sur la Promenade des Anglais le 14 juillet dernier, a provoqué la mort de 84 personnes.

Cinq personnes en garde à vue

Cinq personnes ont été placées en garde à vue, et interrogées par les enquêteurs, alors que le parquet a ouvert une information judiciaire pour "association de malfaiteurs criminelle". Ces quatre hommes et une femme sont soupçonnés d’avoir été les complices du tueur de Nice. Il s’agit d’un tunisien, d’un français d’origine tunisienne, d’un franco-tunisien, et d’un couple de nationalité albanaise. Tous sont sans condamnation, sauf le prévenu français né à Nice, et connu des services de police pour avoir été condamné à six reprises pour vols, violences ou usages de stupéfiants. Aucun n’était connu des services de renseignements.

Un projet mûri depuis de long mois

Alors que les premiers éléments de l’enquête annonçaient une radicalisation récente de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, on sait désormais, à la lumière de ces dernières avancées qui "confirment le caractère prémédité du passage a l’acte", que ce projet d’attentat était mûri de longue date.

C’est le téléphone portable du terroriste qui a livré la plupart des indices : le 25 mai 2015, la photo d’un article sur le Captagon (cette drogue consommée par les djihadistes avant leurs passages à l’acte), des photos de feux d’artifices à Nice les 14 juillet et 15 août 2015 ( avec des focus sur la foule), ou encore la photo d’un article sur une tentative d’attentat contre le commissariat du 18e arrondissement à Paris, intitulé "L’homme tué devant le commissariat de Barbès est un tunisien". Par ailleurs, la police a dénombré plus de 1278 appels échangés entre juillet 2015 et juillet 2016 entre Bouhlel et l’un des gardés à vue.

"Charge le camion, je regarde"

Des SMS, des messages Facebook ou des appels téléphoniques ont également confirmé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel bénéficiait d’un "large soutien logistique". L’un des messages Facebook échangés le 4 avril 2016 avec l’un des prévenus interrogés par la police contient ainsi ces mots : "Charge le camion (...) avec 2000 tonnes de fer (...) coupe lui les freins, moi je regarde".

A la date du 14 juillet, des SMS ont été échangés entre Bouhlel et certains des gardés à vue, où le tueur se félicite de l’arme que l’un de ses complices lui a fourni, un 7.65. Les autres indices retrouvés ont aussi permis de révéler que Bouhlel avait d’abord réservé la location d’un camion de 20 tonnes, les 12 et 13 juillet, avant de l’annuler. Des photos du tueur et de l’un des complices interrogés, prises à l’intérieur de la cabine du camion ont aussi été ajoutées au dossier, ainsi que des discussions échangées à propos d’une autre arme à fournir au tueur, un fusil d’assaut de type kalashnikov.

François Mollins, procureur de Paris a signalé que les auditions se poursuivaient, avant d’insister sur le fait que les enquêteurs travaillaient toujours à établir les liens du tueur et de ses complices avec l’organisation État Islamique, qui ne sont toujours pas confirmés.

Dernières déclarations du procureur François Mollins : le décryptage de Jean-Philippe Deniau

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►Dernières déclarations du procureur François Mollins : le décryptage de Jean-Philippe Deniau

Par Jean Philippe Deniau
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