[scald=61837:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Le nouveau plan d'austérité annoncé lundi à Paris est le fruit d'une double obsession du président Nicolas Sarkozy, le maintien de la note AAA, qui permet à la France d'emprunter à bas coût sur les marchés financiers, et la crainte de la récession.

Une dégradation de la note de la France et une aggravation de sa situation économique, avec ses conséquences sur l'emploi, ruineraient vraisemblablement les espoirs du chef de l'Etat de se faire réélire dans moins de six mois.

Le gouvernement s'est déjà résigné à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012, à 1% au lieu de 1,75%, tandis que l'agence américaine de notation Moody's a décidé d'évaluer la solidité du triple A français.

Or, éviter la récession sans dégrader les finances publiques constitue à bien des égards un double défi contradictoire.

Pour conforter la crédibilité de la France sur les marchés financiers, Nicolas Sarkozy joue sur deux tableaux: préserver l'axe franco-allemand, qui a encore été à l'oeuvre au sommet du G20, à Cannes, et maintenir à tout prix le cap du retour des finances publiques françaises à l'équilibre en 2016.

Le partenariat avec l'Allemagne "est un choix stratégique" qui permet de sortir la France du "tropisme de l'Europe du Sud", confiait-il à quelques journalistes en marge du sommet du G20.

Autrement dit, plus la France collera à l'Allemagne, moins elle pourra être assimilée aux économies méditerranéennes, accusées de laxisme budgétaire et malmenées par les marchés.

AU-DELÀ DE 2012

Sur l'autre front, celui des déficits, l'atonie de l'activité économique française ne facilite guère la tâche de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement.

Il s'est passé moins de deux mois et demi entre l'annonce d'un premier plan d'austérité, le 24 août, et la présentation par le Premier ministre, François Fillon, désormais préposé aux mauvaises nouvelles, d'un nouveau train de mesures.

S'il n'échappe pas tout à fait à l'impression de catalogue et de saupoudrage qu'avait laissée le plan du 24 août, ce nouveau "paquet" se caractérise par son caractère pluriannuel, qui dépasse l'échéance présidentielle du printemps 2012.

En relevant le taux réduit de TVA et en accélérant la mise en oeuvre de la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy a cependant pris le risque d'aggraver son impopularité.

"Les Français sont aujourd'hui conscients de la nécessité de faire des efforts et de lutter contre les déficits", dit Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'Ifop.

"Pour autant, ils demeurent rétifs à toute sorte de relèvement des impôts et des prélèvements obligatoires", ajoute cet analyste. "Ils disent à 80% qu'il faut réduire les dépenses avant d'augmenter les recettes et, là, on peut avoir le sentiment que la réponse n'est pas conforme aux attentes."

Pour Gaël Sliman, de BVA, le sentiment dominant dans l'opinion française est que les efforts doivent être d'abord demandés aux catégories les plus aisées, perçues comme ayant le plus profité, jusqu'ici, de la politique de Nicolas Sarkozy.

PARI SUR L'OPINION

"Il faudrait envoyer des signaux très forts montrant que les plus aisés sont les premiers mis à contribution", ajoute-t-il, en citant comme exemple une abrogation de l'assouplissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), consenti cette année en échange du démantèlement du "bouclier fiscal".

Nicolas Sarkozy assurait néanmoins à Cannes avoir moins peur de l'opinion que d'un effondrement de l'activité économique, tout en jugeant, lui aussi, les Français plus disposés à accepter des sacrifices en raison de la crise.

"Je préfère apparaître comme un président sérieux que comme un candidat mou", a-t-il ainsi dit en faisant allusion à son rival socialiste pour la présidentielle, François Hollande.

"S'il y a une chose dont j'ai peur, c'est de la récession", a-t-il ajouté, justifiant ainsi par avance sa volonté de ne pas pousser trop loin les curseurs de la rigueur.

De fait, les nouvelles mesures annoncées par François Fillon représentent un effort supplémentaire de sept milliards d'euros en 2012, contre 11 milliards pour le plan du 24 août.

Mais, selon les calculs des services du Premier ministre, leur effet sera croissant et représentera à terme, en 2016, un effort de 17,4 milliards d'euros. Le plan du 24 août présente au contraire un profil légèrement décroissant.

En cas de nouvelle révision à la baisse des prévisions de croissance, le gouvernement peut encore jouer sur six milliards d'euros de crédits mis en réserve pour tenir ses engagements de réduction des déficits sans prendre le risque de trop peser sur l'activité économique.

édité par Patrick Vignal

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