par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy s'efforcera jeudi à Toulon, sur fond de négociations avec l'Allemagne, de dessiner les perspectives d'une sortie de la crise de la zone euro, sur laquelle se jouera son éventuelle réélection en 2012.

C'est dans la même salle de spectacle, le Zénith Omega, dotée de plus de 5.000 places assises, que le chef de l'Etat avait dénoncé le 25 septembre 2008 les dérives du capitalisme financier, en pleine tourmente financière internationale.

Au plus bas dans les sondages, il avait alors regagné 12 points de popularité, rappelle Gaël Sliman, de l'institut BVA.

La crise des dettes souveraines, qui menace aujourd'hui directement la zone euro, semble aussi lui réussir, à en juger par le rebond de six points dont il bénéficie dans le dernier baromètre BVA-Orange-L'Express-France Inter.

Selon l'Elysée, le chef de l'État insistera sur les conséquences à tirer de la crise par la France et l'Europe, à la veille d'un grand discours de la chancelière allemande, Angela Merkel, au Bundestag, l'Assemblée nationale allemande.

Il devrait de nouveau se présenter en protecteur des Français, alors que la crise est loin d'avoir dit son dernier mot, souligne un responsable de l'UMP, associé à la préparation du programme du parti et du futur candidat Nicolas Sarkozy.

"Il va falloir expliquer comment on remet de la politique dans l'Europe", explique-t-il. "L'enjeu des années qui viennent sera de faire rimer Europe avec protection."

"UN BON SUJET"

Pour Gaël Sliman, la crise est indéniablement un "bon sujet" pour le président de la République car elle lui permet notamment de "fédérer la droite et au-delà".

A cinq mois de l'élection présidentielle, le chef de l'Etat aura aussi à coeur d'"appuyer là où ça fait mal" et de montrer que son adversaire socialiste, François Hollande, n'est pas l'homme de la situation, estime le patron de l'Institut Isana, Jérôme Sainte-Marie.

"Nicolas Sarkozy a compris que la présidentielle se jouerait essentiellement sur cette crise", souligne-t-il. "Il essaye de fixer les termes du débat et d'imposer sa grille de lecture."

La tourmente actuelle pourrait en outre dédouaner en partie le gouvernement de ses difficultés sur le front du chômage et de la croissance, ajoute cet analyste.

Cette stratégie n'est cependant pas sans risque.

Le discours de Toulon intervient un mois après une longue interview de Nicolas Sarkozy sur TF1 et France 2, le 27 octobre, lors de laquelle le chef de l'Etat a déjà dramatisé les enjeux et les effets de la crise sans qu'aucune amélioration sensible ne soit intervenue depuis lors, bien au contraire.

Trois ans après le discours de septembre 2008, il sera aussi plus difficile de jouer sur la nouveauté et l'effet de surprise, d'autant que le principal rédacteur de l'allocution de jeudi est encore le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

Pour Gaël Sliman, au risque de redite s'ajoute celui de souligner l'échec des solutions annoncées alors avec force.

CRAINTES

En choisissant de "théâtraliser" cette nouvelle intervention publique, Nicolas Sarkozy risque aussi de paraître "sans prise sur la réalité", estime Jérôme Sainte-Marie.

Et en l'absence d'accord définitif entre la France et l'Allemagne sur les propositions que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont engagés à présenter pour le Conseil européen du 9 décembre, "ce discours peut être très rapidement frappé d'obsolescence", ajoute le président d'Isana.

La volonté manifestée ces derniers mois par le chef de l'Etat de préserver à tout prix l'axe Paris-Berlin, qu'il considère comme la clef incontournable d'une gestion efficace de la crise de la zone euro, fait par ailleurs naître dans une partie de l'opinion française la crainte d'un diktat allemand.

Des dirigeants de l'opposition s'efforcent de faire monter la pression, tel le député socialiste Arnaud Montebourg, selon qui la France doit prendre le risque d'une confrontation avec l'Allemagne. "Mme Merkel a décidé d'imposer à la zone euro un ordre allemand", a-t-il déclaré mercredi.

Le sacrifice de la souveraineté budgétaire sur l'autel d'un accord susceptible de sauver l'euro réveille les réflexes eurosceptiques qui traversent la droite et la gauche françaises.

Ce dont Nicolas Sarkozy paraît conscient, "très vigilant" quant à la nature et l'ampleur d'abandons de souveraineté, selon un haut dirigeant de l'UMP, pour qui "c'est toute la subtilité des négociations actuelles". Et de l'effort de pédagogie auquel le président de la République va devoir se livrer à Toulon.

Avec Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse (Reuters)

L'analyse d'Anne-Laure Dagnet

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