par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a adressé mercredi un message d'apaisement aux six millions de musulmans de France, irrités par la récente polémique sur l'abattage rituel lancée par le Front national mais alimentée par lui-même et son ministre de l'Intérieur.

Le président de la République, candidat à un second mandat, a rencontré les dirigeants de la communauté musulmane française à la Grande Mosquée de Paris, à la mi-journée.

Officiellement, il s'agissait de rendre hommage aux combattants musulmans morts pour la France en inaugurant une plaque à leur mémoire dans l'enceinte de ce bâtiment mauresque, construit dans les années 1920.

A 39 jours du premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a cependant précisé qu'il avait aussi voulu assurer les musulmans "de leur place dans la République".

"J'ai voulu (...) dire à nos compatriotes de confession musulmane qu'ils ont naturellement le droit de vivre leur foi comme n'importe quel citoyen a le droit de vivre sa religion, que nous souhaitons un islam de France", a-t-il expliqué.

"Je leur ai dit également combien je souhaitais qu'en cette période électorale certains de nos compatriotes ne se sentent pas blessés par des polémiques qui n'ont pas lieu d'être."

Il faisait notamment allusion au débat ouvert en février par des propos de la candidate du FN Marine Le Pen sur la vente de viande halal aux consommateurs d'Ile-de-France à leur insu.

En visite au marché de gros de Rungis, le 21 février, Nicolas Sarkozy a dénoncé cette polémique. Mais le ministre de l'Intérieur l'avait relancée.

UNE POLÉMIQUE À REBONDISSEMENTS

Claude Guéant a estimé que donner le droit de vote aux étrangers aux élections locales favoriserait le communautarisme, la remise en cause de la mixité des piscines et l'obligation d'offrir de la viande halal dans les cantines scolaires.

Le Premier ministre, François Fillon, et le chef de l'Etat l'avait eux-mêmes alimentée, le premier en invitant musulmans et juifs à renoncer à l'abattage rituel, le second en souhaitant un étiquetage obligatoire de la viande halal et casher.

Des déclarations dénoncées par l'opposition et les dirigeants des communautés juive et musulmane, mais qui ont aussi divisé l'UMP, le parti du chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy et François Fillon se sont employés à mettre fin à une polémique qui a empoisonné la campagne présidentielle. Le premier a pris ses distances avec les propos de Claude Guéant et le second a reçu les représentants des deux communautés.

Le président-candidat a opportunément reporté sa visite à la Grande Mosquée, initialement programmée la semaine dernière. Un report officiellement justifié par des raisons d'agenda mais qui a permis de laisser retomber le débat sur la viande halal.

Après leur entretien avec Nicolas Sarkozy, les dirigeants musulmans se sont dits satisfaits mais avec des nuances.

"Je ne pense pas que les musulmans de France aient à s'inquiéter de la position fondamentale du gouvernement français, ou en tout cas, du président de la République, et de l'opinion française en général", a déclaré à la presse Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris.

"VIGILANCE" ET LEVIER ÉLECTORAL

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, et celui de l'Association des enfants des anciens combattants français musulmans, Salah Bellouti, ont pour leur part appelé à la "vigilance".

"Il faut rester vigilant. Les déclarations de nature à enfoncer les musulmans ou à les blesser risquent de revenir", a estimé le premier. "Il est important que (...) les hommes politiques et les hauts responsables disent haut et fort leur respect et le respect de la République à tous leurs enfants."

Le second a souligné que les musulmans en "avaient marre" d'être "stigmatisés" et considérés comme des "boucs émissaires" lors de chaque élection présidentielle ou législative ou dès que l'extrême droite lance un débat les mettant en cause.

Salah Bellouti a également souhaité que les dirigeants politiques français s'attachent à rassurer les musulmans dans la durée, pas seulement avant les échéances électorales.

En privé, il a également regretté "l'influence de certains conseillers de Nicolas Sarkozy" sans vouloir les nommer.

Il évalue à 3,9 millions le nombre d'électeurs musulmans inscrits en France, soit 9% de l'électorat.

"Ils auront leur mot à dire. On a passé la consigne aux jeunes pour qu'ils s'inscrivent sur les listes électorales dès qu'ils ont 18 ans", souligne-t-il. "On leur explique que dans le contexte actuel et face à leurs difficultés pour trouver un travail, le seul levier c'est leur carte d'électeur."

Dalil Boubakeur s'est cependant élevé contre la notion d'"électorat musulman".

"Nous ne savons pas ce qu'est le vote musulman", a-t-il dit. "Il y a des citoyens qui ont le droit de voter. Nous les encourageons à se comporter comme des électeurs à part entière (...) qui jugeront selon leur conscience."

Edité par Yves Clarisse

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