Sur France Inter lundi, l’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a affirmé qu'en Belgique des parents pouvaient emmener leur enfant autiste se faire euthanasier. C'est faux. Des mineurs peuvent en théorie avoir recours à la fin de vie mais les conditions d'accès sont extrêmement strictes au point d'exclure l'autisme.

L’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit, le 31 mai 2020
L’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit, le 31 mai 2020 © Maxppp / Olivier Corsan

"J’ai encore eu un exemple de Belgique il y a peu de temps, quelqu'un m’a écrit pour me dire que des parents emmenaient leurs enfants autistes se faire euthanasier." La phrase de Mgr Michel Aupetit invité ce lundi du grand entretien sur France Inter a frappé les esprits et mérite vérification. L’archevêque de Paris a choisi de prendre l'exemple de la Belgique pour dire qu'il s’oppose à la légalisation de l’euthanasie en France : "Au départ c’était au nom de la liberté mais maintenant on est passé aux enfants, aux personnes qui ont un déficit mental donc ça devient très grave."

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L’euthanasie pour les mineurs autorisée en Belgique

Contrairement à la France, où elle est illégale, l’euthanasie a été dépénalisée en Belgique en 2002. Douze ans plus tard, en 2014, le pays est devenu le premier au monde à autoriser que les mineurs puissent demander la fin de vie. Une légalisation sous conditions puisque il faut que l’enfant soit atteint d’une maladie incurable et vive avec une "souffrance physique constante et insupportable qui ne peut être apaisée". Le mineur doit également avoir une capacité de discernement.

Affirmer comme le fait Mgr Aupetit, sous couvert d’un témoignage, que des parents emmèneraient leurs enfants autistes se faire euthanasier est faux. Le texte adopté en 2014, qui élargit l'euthanasie aux mineurs, prévoit des conditions plus restrictives que pour les adultes. "L'euthanasie n'est guère possible pour des mineurs autistes", résume pour France Inter Jacqueline Herremans, la présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) en Belgique.

Les souffrances psychiques non prises en compte

Le protocole est strict pour autoriser l’euthanasie d’un mineur en Belgique. Une équipe médicale composée d’un psychiatre ou d’un psychologue indépendant doit conclure que l’enfant a bien compris le sens de la mort, puis donner son aval. Le consentement des parents est également obligatoire. Sauf que, la loi de 2014 ne prend pas en compte "les souffrances psychiques" pour les mineurs contrairement aux adultes.

"Il est bien plus difficile de poser des critères objectifs, des marqueurs médicaux pour une maladie psychiatrique que pour une maladie somatique", rappelle Jacqueline Herremans

"Un mineur présentant des troubles psychiques, que ce soit par exemple des troubles de l'alimentation ou une forme d'autisme devra nécessairement attendre sa majorité pour que sa demande puisse être entendue", précise Jacqueline Herremans. Cependant même une fois adulte, rien ne garantit à l'enfant atteint d'autisme que sa demande sera validée selon la présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) en Belgique.

Des euthanasies pour mineur extrêmement rares

D'une manière générale, l'euthanasie chez les mineurs est extrêmement rare en Belgique même si elle est légale. Selon la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, 2.656 personnes ont eu recours à la fin de vie en 2019 en Belgique dont une seule mineure. Il s’agit d’ailleurs de l’unique cas sur la période couverte par le 9e rapport de la Commission entre 2018 et 2019.