Les prix à la consommation ont augmenté moins vite depuis le passage à l'euro. Pourtant les ménages ont l'impression de payer toujours plus cher. Comment expliquer ce décalage ?

L'euro n'est pas responsable de tous les maux (photo d'illustration).
L'euro n'est pas responsable de tous les maux (photo d'illustration). © Maxppp / Daniel Karmann

C'est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Le 1er janvier 2002, l'euro remplaçait le franc dans nos porte-monnaie, nous obligeant à un intense calcul mental pour convertir 1 euro en 6,57 francs.

Depuis, on ne cesse d'entendre dans les cafés ou sur les plateaux de télévision des phrases telles que "la vie était bien moins chère avant l'euro".
Ah le bon vieux"C'était mieux avant" ! Pourtant, c'est loin d'être aussi simple.

Une inflation modérée

C'est un fait : les prix tendent généralement à augmenter (inflation) et lorsqu'ils baissent (déflation), ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle, comme l'explique très bien ci-dessous une vidéo du Monde.

Or, entre 2002 et 2016, selon l'INSEE, les prix à la consommation ont certes augmenté, mais de 1,4% en moyenne par an, alors qu'entre 1896 et 2001 l'inflation était de 2,1% en moyenne.
Autrement dit, les prix ont davantage progressé pendant les quinze années précédant le passage à l'euro que pendant celles qui l'ont suivi.

Tous les prix n'ont pas augmenté de la même manière

Mais pourquoi alors a-t-on l'impression que "tout augmente"? Cela tient d'abord au fait que les ménages sont plus sensibles à l’évolution des prix produits achetés fréquemment, dont ils se rappellent plus facilement le dernier montant valorisé en francs, une référence qui s’éloigne au fil des ans (on vieillit et donc on oublie).

Et ce sont justement les prix des produits que l'on achète souvent qui ont le plus fortement augmenté, car tous les prix ne varient pas de la même façon.
Exemple : le pain.
En 2002, une baguette classique de 250 grammes coûtait, en moyenne, 4,43 Francs, l’équivalent de 68 centimes d’euros ; aujourd’hui c’est 20 centimes d'euro de plus. A l’inverse, les prix des appareils électroménagers et les produits manufacturés tendent à baisser. Or, on achète plus de pain que d’aspirateurs… Donc on ressent la hausse des prix différemment et on a l'impression que les prix gonflent !

Le prix de la baguette n'a pas réellement explosé

Le prix du pain d’ailleurs n’a pas tant augmenté que cela. La hausse est d’environ 32% sur le prix de la baguette, toujours selon l’Insee, depuis le passage à l’euro. Par an, cela correspondant à une hausse annuelle moyenne de 1,9%. C’est une augmentation certes non négligeable mais on a oublié que le pain augmentait aussi avant le passage à l’euro...

Par exemple, la baguette est passée de 3,48 francs en 1992 (0,53 euros) , à 4,43 francs (0,68 euros), en moyenne, dix ans plus tard. Soit 27% d’augmentation.

L'arrondi

Toutefois, il faut reconnaître que le changement de monnaie a été, pour beaucoup, l'occasion d'arrondir les prix à la hausse. Mais c'est là "un effet d'aubaine", les commerçants ont profité de l'arrivée de l'euro pour augmenter -un peu- leurs prix.

Et chez nos voisins ?

Entre 2002 et 2016, l’inflation a été de 1,7% dans la zone euro, contre 1,4% en France ; autrement dit, les prix ont augmenté plus vite chez nos voisins que chez nous. Nous ne sommes donc pas si mal lotis.

Il faut par ailleurs bien voir que dans les années 70, on pouvait avoir en Europe et en France des augmentations qui flirtaient avec les 4%. Ainsi, un panier de course acheté 100 euros en 2002 coûtait 123 euros en 2012, alors qu’un panier de 100 euros en 1982 pouvait coûter 56 euros de plus en 1992.

Enfin, si l’on regarde le pouvoir d’achat, il a augmenté de 0,6% en moyenne entre 2002 et 2015 en France, selon l’INSEE.

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