Lacrymo contre bouteilles de verre

Sept personnes ont été interpelées et deux opposants ont été blessés au cours des affrontements entre forces de l'ordre et occupants hostiles au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

Aucune précision n'a été apportée sur la gravité des blessures des deux personnes qui ont été évacuées par les pompiers. Ces derniers avaient été appelés par les opposants, a-t-on précisé de même source.

Julie Lalouette Jeffroy est sur place

Depuis ce matin, quatre colonnes de camionnettes de gendarmerie d'une dizaine de véhicules sont positionnées au centre de la zone, près du bois de Rohanne. Elle font face aux 500 opposants à l'aéroport, des squatteurs installés désormais sur la zone. Les opposants sont munis de cailloux, des fusées d'artifice tirées à l'horizontale et des cocktails Molotov. Les forces de l'ordre de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes

Les opposants au projet au micro d'Anne Patinec

Une barricade a été mise en place par les opposants sur la route menant à de nouvelles constructions de la Châtaigneraie. Les forces de l'ordre ont pour but de la détruire.

Il n'y a pas que les squatters. Installés pour certains depuis des années, une vingtaine de foyers d'occupants "légaux", des exploitants, des locataires et des propriétaires, luttent contre le projet. Ils sont aidés par des associations d'opposants de la société civile, mais aussi d'élus. La Confédération paysanne, qui proteste contre la destruction de terres agricoles, est également très active dans cette lutte.

Les opérations des forces de l'ordre se poursuivent dans la zone du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), où une importante opération d'expulsion et de destruction de squats d'opposants a débuté vendredi matin.

La réaction d'Yves Cochet, d'EELV : "on est trop déçu"

### Vendredi L'évacuation de squatteurs du site d'implantation du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes par plus de 500 gendarmes tôt vendredi matin a provoqué l'indignation de l'extrême gauche et des écologistes, mais a été défendue par le gouvernement car, selon Matignon, "il s'agit de faire respecter l'état de droit". Le site était "occupé illégalement", rappelle la préfecture de Loire-Atlantique, depuis le 17 novembre dernier, jour d'une grande manifestation contre le projet de nouvel aéroport. Ce projet d'aéroport du Grand Ouest, porté par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes, est une source de tension récurrente entre le Parti socialiste et ses partenaires gouvernementaux écologistes. L'opération menée vendredi matin à l'aube visait "à évacuer trois sites occupés illégalement: le Rosier, la Lande de Rohanne et la Châtaigneraie", précisait la préfecture de Loire-Atlantique dans un communiqué. Il s'agit de "permettre à Aéroport du Grand-Ouest de prendre ou reprendre possession des lieux et d'engager immédiatement des travaux de 'déconstruction', partout où cela sera légalement possible. Il sera également procédé à la saisie et à l'évacuation des matériaux, outils et matériels de chantier", selon la préfecture. "Le déploiement conséquent de forces de l'ordre montre la détermination du ministère de l'Intérieur de faire respecter la loi et les décisions de justice, de prévenir les troubles à l'ordre public, et d'empêcher l'installation d'un camp pouvant servir de base de soutien aux opposants les plus radicaux, pour mener des actes de sabotage et des actions violentes sur le chantier de l'aéroport", conclut le communiqué. ### Incidents En milieu d'après-midi, la gendarmerie signalait "quelques incidents" avec "des échanges de jets de cocktail molotov et de grenades lacrymogènes". Dans la matinée, quelques barricades improvisées ont été dressées aux Rosiers, un site expulsable depuis quelques jours, pour tenter d'interdire le passage des engins de travaux publics venus raser les cabanes construites par les opposants. Des agriculteurs opposés au projet d'aéroport ont par ailleurs bloqué le pont de Cheviré enjambant la Loire à Nantes, selon la police. "Onze tracteurs ont bloqué le pont entre 13h45 et 15h00 mais le barrage a été levé spontanément", a déclaré un officier de police. Camille, porte-parole du collectif d'opposants à l'aéroport, a déclaré à Sipa que "plusieurs personnes ont été blessées par des éclats de grenades". Du côté de la préfecture de Nantes, on faisait état d'un gendarme et de deux journalistes (TF1 et M6) "légèrement blessés". Un opposant, touché à la jambe, a aussi été évacué, selon un témoin. Trois personnes ont été interpellées dont deux ont été relâchées après vérification d'identité, selon la même source. "Sur le site de reconstruction, les gens ont été réveillés à six heures par des grenades lacrymogènes lancées par les fenêtres. Des effets personnels ont été brûlés par les gendarmes dans des brasiers", a-t-elle poursuivi. "On va continuer à vivre sur place. Nous sommes en train de nous organiser pour nous replier sur d'autres lieux". Elle a affirmé "que des cars partaient d'un peu partout en France pour venir nous rejoindre". ### Vives réactions Les réactions à l'évacuation n'ont donc pas tardé à pleuvoir. "Lamentable", a déploré le député des Verts, Noël Mamère. Fervent opposant au projet, José Bové a aussi défendu les occupants de Notre-Dame-des-Landes, évoquant sur RTL "la légitimité de ceux qui disent qu'il faut défendre le bocage, il faut défendre les paysans, il faut un autre projet de développement". "Cinq-cents flics au petit matin ne suffiront pas à faire plier la résistance!", martèle aussi le Nouveau parti anticapitaliste dans son communiqué estimant que le gouvernement "se trompe lourdement" s'il "pense se débarrasser de Notre-Dame-des-Landes et du symbole que représente cette lutte en envoyant ses flics". "Envoyer les gendarmes à l'heure du laitier pour saccager les constructions et déloger les occupants ne peut que renforcer notre détermination", prévient le NPA qui "appelle à participer encore plus massivement à toutes les initiatives qui seront prises dans les heures et les jours qui viennent (...) pour protester contre ce coup de force". ### Une opération "normale" Invité sur LCI, le ministre du Travail, Michel Sapin, a qualifié cette opération de "normale". "C'est normal dans un pays où les lois doivent être respectées, toutes les lois d'ailleurs", a-t-il insisté. Anticipant les réactions des écologistes, hostiles au projet, le président PS de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a rappelé sur i> Télé que ce dossier "n'était pas un des éléments du programme national qui a allié les Verts et le Parti socialiste". "L'opération qui est en cours vise à évacuer trois sites qui sont occupés illégalement. Il y a l'intention de faire respecter la loi et les décisions de justice", a aussi affirmé Pierre-Henri Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur, vendredi sur RTL. "La détermination des forces de l'ordre et des pouvoirs publics est totale", a-t-il ajouté. Le ministère souhaite "empêcher l'installation d'un camp qui pourrait servir de base de soutien aux opposants les plus radicaux", d'après le porte-parole.
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