PARIS, 24 novembre (Reuters) - Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, reconnaissant que "des interrogations" subsistent autour du projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes, près de Nantes, a annoncé samedi la création d'une "commission du dialogue".

"Dans un souci d'apaisement, le gouvernement confiera dès la semaine prochaine à une commission du dialogue le soin d'exposer ce projet et d'entendre toutes les parties prenantes", indique Matignon dans un communiqué.

De nouveaux affrontements ont éclaté samedi à Notre-Dame-des-Landes, entre les forces de l'ordre et les opposants au projet d'aéroport qui suscite un malaise de plus en plus profond chez les élus écologistes alliés au gouvernement.

A Nantes, à 35 km du lieu du site du projet, d'autres heurts sont intervenus lorsqu'une manifestation de plusieurs milliers de personnes - 3.200 selon la police et 8.000 selon les organisateurs - s'est approchée de la préfecture.

Julie Lallouët Geffroy à Nantes

Les forces de l'ordre ont utilisé des canons à eau pour refroidir les ardeurs de certains manifestants. Un CRS a été blessé à la mâchoire par un pavé et a été emmené à l'hôpital. A Notre-Dame-des-Landes, des cailloux, bouteilles, fusées de détresse et cocktails Molotov ont été lancés en direction des gendarmes qui ont riposté par des tirs de grenades, lacrymogènes ou assourdissantes. La préfecture de Loire-Atlantique a signalé deux blessés du côté des opposants et un du côté des gendarmes, transportés à l'hôpital pour des examens, dans cette contestation qui ne cesse de grandir sur le terrain depuis un mois. Huit personnes ont été interpellées, principalement pour des violences sur personne dépositaire de l'autorité publique. _Julie Lallouët Geffroy à Notre-Dame-des-Landes_
Après une grande opération d'expulsion menée sur trois sites vendredi, les gendarmes mobiles ont pour mission de sécuriser l'intervention des entreprises mobilisées pour la destruction de maisons et cabanes en bois, qui ont toutes été démantelées. "L'objectif de l'action en cours est d'éliminer toutes les constructions reconnues illégales à ce jour pour empêcher le camp de prendre des proportions inadmissibles", précise la préfecture de Loire-Atlantique, qui a évalué le nombre d'opposants sur place à "500, dont 150 très agressifs". Les opposants au projet -des agriculteurs, des activistes, des élus ou de simples citoyens- réfutent tout problème de saturation ou de sécurité de l'aéroport actuel. Ils dénoncent la destruction d'une des dernières zones de biodiversité du département. Leur manifestation, il y a une semaine à Notre-Dame-des-Landes, avait rassemblé entre 13.500 personnes, selon la préfecture, et 40.000 selon leurs chiffres. "Le débat public a déjà eu lieu, entre 2002 et 2003 pendant cinq mois", a déclaré Christian de Lavernée, préfet de la région Pays de la Loire. ### "Archaïque" pour Cohn-Bendit Sur le plan politique, les écologistes critiquent de plus en plus un dossier qui devient brûlant pour la majorité. _Yves Cochet, député européenn EELV_
L'envoi d'un demi-millier de gendarmes pour empêcher les opposants d'occuper le site est "une façon de gouverner complètement archaïque", estime dans Libération de samedi le cofondateur d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Daniel Cohn-Bendit. Pour lui, "la manière dont cela se passe à Notre-Dame-des-Landes rend de plus en plus difficile le maintien des écologistes au gouvernement", où le PS croit "que l'on peut piétiner et les écologistes et les enjeux écologistes". Comme les manifestants, ils dénoncent l'utilisation par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls du terme "kyste" pour désigner les personnes qui tentent d'occuper le terrain. EELV avait déjà déploré vendredi l'ampleur de l'intervention des forces de l'ordre "face à quelques centaines de militants et d'agriculteurs", critiquant "une conception pour le moins étonnante de la 'force du droit' où il y a plus de force que de droit". Selon la préfecture, les expulsions des squatteurs se justifient par l'imminence des travaux préparatoires à la future desserte routière de l'aéroport, qui doivent démarrer en janvier prochain. Ceux de l'aéroport à proprement parler doivent débuter en 2014, pour une mise en service en 2017. La construction et la concession du futur aéroport, situé à 30 km au nord de Nantes, ont été confiées au groupe Vinci, qui évalue son coût à 560 millions d'euros. Il en déboursera 320, le reste étant payé par l'Etat (125,5 millions d'euros) et les collectivités locales (115,5 millions d'euros). Le projet est porté par l'Etat et soutenu par l'UMP, le Parti communiste et les élus socialistes. Pascal Liétout, Jérôme Jolivet, avec Yves Clarisse à Paris
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.