l'opposition tente d'exploiter le manque d'autorité supposé de jean-marc ayrault
l'opposition tente d'exploiter le manque d'autorité supposé de jean-marc ayrault © reuters

Dans une intervention enregistrée, François Hollande affirme que Jérôme Cahuzac a "trompé les plus hautes autorités du pays, une faute impardonnable". À l'Assemblée, le Premier ministre se défend de tout laxisme dans le choix de ses ministres.

Pour François Hollande, le mensonge de Jérôme Cahuzac est "une faute impardonnable, un outrage fait à la République." Mais il évoque aussi "les faits eux-mêmes, qui sont impardonnables : détenir un compte à l'étranger." La justice devra faire toute la lumière sur l'affaire Cahuzac, affirme le chef de l'État.

Réécoutez l'intervention complète de François Hollande.

Quid des critiques venues de l'opposition sur une éventuelle "couverture" de Jérôme Cahuzac par l'exécutif ? "Il n'a bénéficié d'aucune protection, si ce n'est celle de la présomption d'innocence", assure François Hollande. "Il a trompé les plus hautes autorités du pays et tous les Français. Je sais ce que représente cette blessure."

Condamné = inéligible

Pour appuyer son indignation, le chef de l'État annonce trois mesures pour permettre d'éviter, à l'avenir, des déceptions du même type.

  • "Renforcer l'indépendance de la justice" : il s'agira de la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature, que le président veut faire voter au Parlement dès cet été.
  • "Lutter de manière impitoyable contre les conflits entre intérêts publics et privés". Avec notamment la publication et un contrôle renforcé des patrimoines des ministres et parlementaires.
  • "Les élus condamnés pénalement pour fraude fiscale et corruption seront interdits de tout mandat public."

Après l'intervention de François Hollande, la classe politique a réagi diversement, en fonction des couleurs politiques.

Pour l'UMP Laurent Wauquiez, l'exécutif est directement responsable de l'affaire Cahuzac.

Réaction tout aussi tranchée du côté du Front national. Sa président Marine Le Pen réclame la démission du gouvernement et la dissolution de l'Assemblée.

"Le niveau de confiance est trop atteint", estime Marine Le Pen.

Pourtant Jean-Marc Ayrault se défend, devant les députés, face aux accusations de l'opposition.

Pour le Premier ministre, ni lui ni le président ne pouvaient savoir.

Pierre Moscovici lui aussi se défend. Il précise que le ministre avait été "mis à l'écart de toute question pouvant provoquer des conflits d'intérêts".

Le ministre de l'Economie s'est expliqué à l'Assemblée nationale.

De son côté, le député socialiste Yann Galut se dit "abasourdi" par les révélations de Jérôme Cahuzac.

Mais pour lui, François Hollande a parfaitement réagi aux différents degrés de l'affaire.

Jérôme Cahuzac est-il l'arbre qui cache la forêt ? Antoine Peillon, auteur des "600 milliards qui manquent à la France" (publié au Seuil), estime que l'enquête ira beaucoup plus loin que le cas de Jérôme Cahuzac."Je pense que le mensonge continue" (Antoine Peillon)

Bruno Lemaire, député UMP de l'Eure, a depuis bien longtemps fait des propositions pour moraliser la vie politique française.

Il était l'invité d'Angélique Bouin à 18h.

L'enquête se poursuit

Mardi, devant deux juges d'instruction, l'ancien ministre du Budget a reconnu avoir un compte à l'étranger et a demandé pardon "au Président de la République, au Premier ministre" et "aux Français". Il a été exclu du parti socialiste, et mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale".

Depuis plusieurs mois, le site Mediapart assure détenir des preuves de la fraude fiscale de Jérôme Cahuzac. Parmi ces preuves, un enregistrement. C'est Michel Gonelle, l'ancien maire de Villeneuve sur Lot (battu par Jérôme Cahuzac), qui possédait ce document audio, dans lequel on entend la voix de l'ancien ministre évoquer l'existence d'un compte en Suisse. Il affirme que le compte aurait pu être identifié par Bercy dès 2008.

Selon Michel Gonelle, le compte avait même été identifié "il y a un certain temps".

Dans un billet publié sur son blog (lequel est d'ailleurs rapidement devenu inaccessible), il explique avoir demandé le 26 mars à être entendu par les juges d'instruction Roger le Loire et Renaud Van Ruymbeke. Il leur a ensuite "confirmé l'existence de ce compte [à l'étranger]" tout en leur expliquant avoir "d'ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l'intégralité des actifs déposés sur ce compte, soit environ 600 000 euros, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris". Selon le Canard Enchaîné, le compte serait basé à Singapour, dans une succursale de la banque suisse Reyl et Cie, après la fermeture d'un premier compte en Suisse chez UBS.

Où en est l'enquête, 24h après les aveux ? Le point avec Sara Ghibaudo.

Ce mercredi on a appris que l'enquête judiciaire menée en Suisse a confirmé l'existence du compte de Jérôme Cahuzac à la suite de perquisitions à la banque UBS et chez la société Reyl et Cie. L'ancien ministre a aussi autorisé la Suisse à transmettre à la justice française les informations sur son compte bancaire.

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