BRUXELLES (Reuters) - Mario Monti a joint jeudi sa voix aux appels en faveur d'une réorientation vers la croissance des politiques menées dans l'Union européenne.

Intervenant lors d'un colloque de chefs d'entreprise à Bruxelles, le président du Conseil italien a souligné que l'Europe risquait de plonger dans une récession économique prolongée si elle se focalisait sur la rigueur budgétaire.

"Sans demande, la croissance ne se matérialisera pas. Toutes les réformes que nous mettons actuellement en place sont déflationnistes", a déclaré Mario Monti.

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), a jugé mercredi que la zone euro avait désormais besoin d'un "pacte de croissance" après avoir porté toute son attention sur la réduction des dettes et déficits publics.

Cette prise de position a été saluée par François Hollande, favori du second tour de l'élection présidentielle en France, qui souhaite, s'il est élu le 6 mai, inclure un volet croissance dans le pacte budgétaire adopté en mars ou élaborer un texte complémentaire sur ce thème.

S'exprimant peu avant Mario Monti, le Premier ministre belge, Elio di Rupo, a repris les termes employés la veille par Mario Draghi. "Je plaide pour un pacte européen sur la croissance", a-t-il dit.

Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, a pour sa part souligné que la croissance était désormais "la première priorité des dirigeants européens". Il a annoncé qu'il pourrait organiser une réunion informelle sur ce thème avant le sommet européen des 28 et 29 juin.

Mario Monti a toutefois pris soin de ne pas critiquer la position de l'Allemagne, qui insiste sur le rétablissement des comptes publics de ses partenaires de la zone euro.

"Nous rejetons les vieilles politiques consistant à fabriquer de la croissance en creusant les déficits (...) et des dépenses sans lendemain", a-t-il dit.

La cure d'austérité imposée à travers la zone euro suscite de fortes tensions sociales dans de nombreux pays. Cette voie politique est de plus en plus contestée alors que le chômage grimpe et que l'économie de la zone glisse à nouveau dans la récession.

"Les réformes structurelles (...) feront une différence avec le temps", a déclaré Herman Van Rompuy. "Nous devons dire la vérité. Il n'y a pas de formule magique, les réformes prennent du temps et il en est de même pour leur impact sur l'emploi et la croissance."

Robin Emmott et John O'Donnell, Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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