Alors que la presse internationale finit par se ressembler, à force d'accueillir le coup d'éclat réel d'Obama par une pluie de superlatifs, j'aime bien ce petit message reçu de Washington, d'un jeune étudiant en journalisme français de 22 ans. Baptiste a la chance de passer 6 mois aux Etats-Unis et d'avoir vécu la campagne présidentielle et l'élection du démocrate avec passion, mais son point de vue n'est pas hystérique comme certains, non, il est mûr et pertinent."Grisant, c'est le mot, depuis mardi soir le pays a repris un tonus fou. Je le sens particulièrement sur un campus où les étudiants avaient intégré le sentiment de honte d'avoir Bush, comme Président. Combien m'ont dit, les larmes aux yeux, qu'ils étaient enfin fiers de leur pays. C'est beau de voir des gens de mon âge fêter à ce point une victoire électorale, partager l'espoir qu'une nouvelle ère s'ouvre. J'avoue que je suis même un peu jaloux, j'aimerais que ça m'arrive un jour. Quand je vois dans la même semaine le PS compter ses 3 bouts de voix pour savoir qui sera le leader d'un parti sans souffle, ça me déprime un peu.Alors oui, bien sûr, Obama reste conservateur sur certaines questions de société mais il ne fait, hélas, que refléter l'opinion majoritaire. un truc que j'ai appris ici c'est que "démocrate" ne signifie pas nécessairement "libéral"/"progressiste". Beaucoup de démocrates (plutôt âgés et blancs) votent démocrate parce qu'ils croient en une certaine régulation de l'économie, mais restent très conservateurs culturellement. On en parle très peu mais le jour de l'élection d'Obama, la Californie, pourtant réputée comme l'un des états les plus "libéraux", a accepté par référendum d'inscrire dans sa constitution le mariage comme nécessaire union entre deux individus de sexe opposé. Concernant la peine de mort, j'ai plutôt le sentiment qu'obama a évité le sujet pendant la campagne.. s'il ne s'est pas prononcé contre (pour ne pas froisser certains électeurs), je ne crois pas qu'il y soit lui-même favorable.D'ailleurs, de façon générale, les questions de société n'ont pas du tout été des thèmes de campagne. On n'a quasiment jamais parlé d'immigration, d'avortement, de mariage gay, de peine de mort... Même l'Irak avait disparu de la campagne. Le seul vrai sujet qui préoccupe les gens ici, c'est l'économie et en cela, obama a été plutôt bien "aidé" par la crise financière de septembre.Mais certains de mes amis ici pensent que la victoire d'obama pourrait, à très long terme, libéraliser une opinion qui a été façonnée pendant plus de 20 ans par la révolution conservatrice de reagan/bush. Autrement dit, une fois l'économie "guérie", les américains seront peut-être enfin prêts à s'ouvrir l'esprit. J'ai plutôt confiance en la génération qui vient de voter pour la 1ère fois et qui a bien l'intention de faire bouger les choses.Bon, je m'arrête là je pourrais en parler pendant des heures.. j'ai vraiment vécu un moment politique passionnant, je m'en souviendrai longtemps.. Baptiste

Un américain, le lendemain de la victoire d'Obama, à New-York
Un américain, le lendemain de la victoire d'Obama, à New-York © Radio France
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