PrologueC’est à la Renaissance que la représentation naturaliste de l’animal prend son essor . Dürer invente le Tierstück littéralement, «pièce d’animal » –, dans lequel il rend compte, avec une précision virtuose, de la beauté d’un mammifère ou d’un oiseau. A sa suite, des peintres se spécialiseront dans ce nouveau genre. Certes, il existait dès le Moyen Age des traités de chasse, des livres de modèles, des recueils d’études réalistes d’animaux. Mais les Tierstücke de la Renaissance sont des oeuvres à part entière, achevées, que les artistes authentifient en y apposant leur signature et une date, et qu’ils destinent à des collectionneurs.Au XVIe siècle, les progrès accomplis dans le domaine de l’imprimerie et de la gravure favorisent l’essor des traités de zoologie illustrés. Ces ouvrages proposent un inventaire du vivant et des images qui vont inspirer les artistes.Pour parvenir à saisir la vérité et la beauté d’un animal, un artiste doit multiplier les études d’après nature et se constituer des répertoires, lesquels nourriront les générations suivantes. Il bénéficie aussi de l’apport de la recherche scientifique, notamment dans le domaine de l’anatomie.1 / Les pionniers de la zoologie telle que nous l’entendons aujourd’hui sont le Français Belon , le Suisse Gesner et l’Italien Aldrovandi . Dans la seconde moitié du XVIe siècle, ces savants publient des ouvrages illustrés qui vont marquer les artistes. La découverte du Nouveau Monde, riche en espèces inconnues, a pour conséquence un souci accru de précision dans les descriptions. C’est le cas pour le dindon.

Les oiseuax 1619 - Anonyme allemand
Les oiseuax 1619 - Anonyme allemand © Musée des Beaux-Arts, Strasbourg, photo M. Bertola

2 / L’étudede l’anatomie animale est considérée par de nombreux artistes comme un préalable indispensable à la représentation . Dans ce domaine, les progrès s’accélèrent à la fin du XVIIIe siècle lorsque la France, à partir de 1762, crée les premières écoles vétérinaires, à Lyon puis à Alfort . Ce sont surtout les chevaux, utilisés notamment pour la guerre, que l’on y étudie. Des écorchés en trois dimensions et des dessins annotés fournissent des modèles aux artistes. Souvent, ce sont les peintres eux-mêmes qui signent des traités d’anatomie de haute qualité.

3 / L’étude des mouvements des animaux est l’un des défis relevés à la fin du XIXe siècle par le Français Marey et l’Américain Muybridge . A l’aide de la photographie, ils tentent de décomposer le trot et le galop du cheval, le vol d’un oiseau, la chute d’un chat, autant de mouvements dont l’oeil humain ne parvient pas à percevoir le détail. Les successions d’images qu’ils présentent au public dans les années 1880 font sensation. Non seulement elles préparent l’avènement du cinéma, mais elles modifient la manière dont certains artistes représentent les animaux.

4 / A la méthode analytique s’oppose la synthèse . Au lieu d’analyser l’animal à représenter, de viser l’exactitude anatomique, de décomposer ses mouvements, de s’attacher au détail du poil et de la plume, Calder recommande de saisir rapidement une silhouette, une attitude, un moment.

5 / On conserve aujourd’hui de précieux répertoires anciens de modèles , finement dessinés et rehaussés de couleurs. Le plus souvent, l’artiste juxtapose des animaux d’une même famille, comme les insectes, en respectant leur taille. Mais il arrive aussi qu’il réunisse des animaux de nature disparate, sans tenir compte des rapports de proportions. Grâce à ces répertoires, des artistes comme Brueghel de Velours ou Rubens parviennent à créer des scènes bibliques de paradis terrestre ou d’arche de Noé, où ils démontrent leur savoir-faire dans le domaine animalier.

Tête de cheval blanc avant 1816-1817, Théodore Gericault
Tête de cheval blanc avant 1816-1817, Théodore Gericault © Service presse Réunion des musées nationaux - Grand Palais / Thierry Le Mage

6 / D’origine française, Audubon parcourt l’Amérique pour étudier les oiseaux du continent . Il décide de publier ses dessins sous forme de gravures aquarellées à la main, mais l’entreprise s’avère coûteuse. Grâce à une tournée en Europe, il trouve un graveur et éditeur anglais et convainc de nombreux souscripteurs. Son ouvrage en quatre volumes représente plus de 489 espèces d’oiseaux en 435 planches . Audubon est extrêmement populaire aux Etats-Unis, d’autant qu’il a décrit certaines espèces aujourd’hui disparues ou menacées.

7 / Zootechnie Les oeuvres d’art peuvent nous renseigner sur des animaux qui ont été transformés par l’homme. Depuis la fin du XVIIIe siècle en effet, grâce aux croisements et aux modifications génétiques, la zootechnie permet d’améliorer les races anciennes ou d’obtenir des races nouvelles en fonction de différents critères . Une vache peut être modifiée de façon à produire plus de lait, un cheval pour courir plus vite, un chien pour chasser, un chat pour répondre à des standards esthétiques et remporter des concours. Certaines oeuvres nous montrent ainsi des types d’animaux aujourd’hui devenus rares, d’autres au contraire des reines de beauté qui répondent à notre goût actuel.

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