Onfray moi peur A priori un garçon qui publie un « Traité d’athéologie », crée une université populaire de philosophie, prône le retour des jardins ouvriers, écrit pour Siné-hebdo et divulgue de la philosophie plutôt que des prospectus publicitaires a quelque chose de sympathique. Qu’on se rassure, je n’ai pas l’intention de défendre Freud le misogyne ou Lacan le cupide, mais une question m’a toujours profondément troublé : faut-il vivre ce que l’on dit ? Toi qui défends le populo et détestes les bourgeois, pourquoi évites tu le métro aux heures de pointe, aimes tu les bons restaurants et les bons vins, les belles maisons et les beaux tableaux ? Puisque tu dis quelque chose, alors fais-le. Tu te dis révolutionnaire ? Pars sur les routes, rejoins mère Thérésa ou les surréalistes, lutte pour les sans papiers et prend les armes contre Total. C’est un peu la question que pose Onfray dans Libé (1), celle de lacheté et de la « collaboration » de Freud – accessoirement celle de la nullité de la psychanalyse, mais c’est beaucoup moins intéressant : après tout, qu’un type préfère se payer une psy à 450 euros la séance (le tarif de Freud) plutôt qu’une voiture de sport, tant mieux, même si c’est un placebo ça crée moins de CO2. Mais auparavant retenons que selon Onfray, Freud, à travers le complexe d’Œdipe, a raconté sa propre histoire. So what ? A travers le meurtre du père et la culpabilité des fils, fondant la société, il a raconté ses fantasmes. So what ? En quoi cela enlève-t-il de la force au complexe d’Œdipe ou au meurtre fondateur de la culture et de la société, qui éblouit en son temps Keynes et aujourd’hui René Girard ? Plus grave est la question de Freud antisémite caché et pleutre avoué. Dans « Malaise dans la civilisation » , Freud fait deux remarques qui font malaise. D’abord il parle de la « bienfaisante sélection naturelle », ce qui en des temps d’eugénisme et de racisme a un petit goût de cendre, et surtout est d’une insigne stupidité scientifique : l’espèce humaine est précisément l’espèce qui ne subit plus la sélection naturelle, la lecture par Freud de Darwin fut trop rapide. Ensuite il évoque avec une certaine admiration la termitière comme fruit d’une longue sélection naturelle, comme aboutissement en quelque sorte, ce qui scientifiquement est une autre niaiserie, mais philosophiquement est gênant : la métaphore de la termitière est celle de l’Etat nazi et de son chef tout puissant. Reste que « Malaise dans la civilisation » est l’un des plus beaux textes produits par l’humanité. Idem « Totem et Tabou ». Idem « Moïse et le monothéisme ». Freud raciste ? On peut très facilement construire un Karl Marx chrétien. On a raison de le faire, et je le ferai volontiers. Karl Marx chrétien-athée ( qui est un oxymore du même tabac que Freud antisémite) n’interdit pas à la théorie de la plus-value d’être la grande théorie économique, qui enfonce toutes les pseudo lois économiques produites par les économistes. Que Marx ait exploité ses filles et engrossé sa servante (un peu dégeulasse pour un défenseur du peuple, non ?) n’enlève pas une once de poids révolutionnaire à ses écrits. Mais, pire que raciste et eugéniste, Freud antisémite ? A propos de « Moïse et le monothéisme », Onfray écrit (2) : « C’est donc dans ce contexte d’antisémitisme forcené que Freud s’attaque à Moïse ! son ouvrage passerait pour antisémite sous toute autre signature. » Freud démontre que Moïse était égyptien, que le culte du dieu unique vient d’Akénaton, que la circoncision existait chez les Egyptiens, étant le peuple élu les juifs ont une bonne opinion d’eux-mêmes, cqfd : Freud est antisémite. On pleure ou on rit ? En son temps Jean-Edern Hallier crachait par terre en croisant un chilien chassé par Pinochet. Sous-entendu, tu t’es tiré camarade, au lieu de battre avec la résistance chilienne. Hallier était le dernier autorisé à donner des leçons à quiconque et moins que tout aux chiliens, et, en tant qu’intellectuel couard, il aurait du ramasser tous les mégots jetés par tous les réfugiés politiques de la planète. Chez Onfray est gênante la leçon donnée soixante quinze ans plus tard au père Freud sur son courage politique. Freud, dont on brûla les livres en mai 1933 en même temps que les écrits d’Einstein (« Au moins je brûle en bonne compagnie, dit Freud ; un an auparavant il avait cosigné « Pourquoi la guerre ? » avec Albert), aurait du aller casser la gueule aux incendiaires ? A-t-il collaboré avec l’Institut Goering ? Soutenu Dolfuss, comme le dit Onfray ? Quatre de ses cinq sœurs moururent en camp (peut-être cela satisfit-il sa « misogynie »). En 34 il écrivait : « Le monde devient une prison, sa pire cellule est l’Allemagne ». Qui peut nier qu’Hitler persécuta les psychanalystes ? Lui-même, atteint d’un cancer resta en Autriche jusqu’en 1938. Avant son départ pour Londres, la Gestapo lui demanda de signer une lettre disant qu’il avait été bien traité. Il signa et ajouta : « Je recommande volontiers la Gestapo à tous. » Rions un peu avec les antisémites. 1) 17-18/04/2010 (2) cité par le Point, 15/04/2010 p. 75

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