Me Emmanuel Asmar :

Oréades était présenté comme le fonds privé de Liliane Bettencourt.

<img src="https://www.franceinter.fr/s3/cruiser-production/2011/06/07b271aa-98c8-11e0-b8ee-842b2b72cd1d/640_me-asmar.jpg" alt="Me Asmar - bettencourt" width="200" height="240" />
Me Asmar - bettencourt © Benoît Collombat/RF
Pour Maître Emmanuel Asmar, l’avocat de plusieurs victimes françaises de Bernard Madoff (qui ont perdu, au total, 45 millions d’euros), ses clients ont été incités à investir dans Oréades, présenté alors comme le« fonds privé de Madame Bettencourt, auquel on n’accède que sur accord express et préalable »de l’héritière de L’Oréal.

L’avocat s’étonne qu’au moment de la liquidation d’Oréades, les performances de la Sicav étaient « extrêmement bonnes, 10% en moyenne. Il n’y avait aucune raison objective de mettre un terme à Oréades. »

__

Maître Emmanuel Asmar

Il n’était pas envisageable pour L’Oréal d’ouvrir [directement] un compte Fondation Bettencourt chez Madoff…

Interrogé, le 29 octobre 2009, par le juge Van Ruymbeke, Patrick Littaye, le co-fondateur d’ « Access International Avisors » (une société qui gérait 2 milliards d’euros d’actifs pour le compte de clients européens, dont 1,5 milliards investis auprès de Madoff), a détaillé les conditions dans lesquelles le groupe L’Oréal a investi dans Oréades.

Selon Patrick Littaye, à la fin des années 1990, la Fondation Bettencourt (dirigée depuis 2003 par Patrice de Maistre) ne devait pas apparaître directement auprès de la société de Bernard Madoff, précisant qu’à cette époque« toute l’attention des dirigeants du groupe L’Oréal était sur le plan financier focalisée sur la Fondation Bettencourt » :

__

En 1997,« les holdings de tête de chez L’Oréal avaient ouvert un compte chez BMIS[Bernard Madoff Investment Securities], explique Patrick Littaye (...)Toute l’attention des dirigeants du groupe L’Oréal était sur le plan financier focalisée sur la Fondation Bettencourt. Il n’était pas envisageable pour le Groupe d’ouvrir un compte Fondation Bettencourt chez BMIS. Le groupe a donc décidé de demander à la BNP dont le Groupe était le premier client mondial, de créer une Sicav coordonnée Européenne, de façon à ce que la Fondation Bettencourt puisse en être le souscripteur. A titre personnel, je n’ai pas été mêlé à ces discussions , ajoute Patrick Littaye.En revanche, j’en connais bien le résultat. Une Sicav a été créée au Luxembourg, Oréades dont le promoteur, de mémoire, était la BNP et le gestionnaire était une société luxembourgeoise détenue majoritairement par la BNP et de façon minoritaire par le Groupe l’Oréal. »

__

Après la création de Luxalpha, en 2004, le groupe L’Oréal, se retire officiellement de la gestion de la Sicav… dont il reste souscripteur.

« Fin 2003, à la suite d’un changement de direction dans le Groupe l’Oréal, le Groupe a décidé de se retirer de la gestion tout en restant souscripteur , précise Patrick Littaye.La BNP a alors dissous la Sicav. A cette époque, l’actif de la Sicav était de l’ordre de 300 millions de dollars détenu par environ 8 souscripteurs principaux. A leur demande, Access qui était en contact avec de nombreuses banques luxembourgeoises, s’est rapprochée d’UBS pour que celle-ci trouve une Sicav semblable à Oréades. Ce qui a été réalisé fin mars 2004 avec la création de Luxalpha . [NDR : en fait, février 2004]Les 300 millions d’actifs d’Oréades ont été investis dans Luxalpha. »

__

Initialement mis en examen pour « complicité d’abus de confiance » , Patrick Littaye a été placé sous le statut de « témoin assisté » (à mi chemin entre celui de simple témoin et de celui de mis en examen) en janvier 2010 par le juge Van Ruymbeke. Selon nos informations, l’ex-codirigeant d’ « Access International Advisors », soupçonné d’avoir fait des placements douteux par l’intermédiaire du fonds luxembourgeois Luxalpha (filiale d’UBS), a également déposé une plainte contre X, en juin 2010 , estimant, lui aussi, avoir été victime de l’arnaque Madoff. Il pointe notamment du doigt la responsabilité de l’autorité de régulation luxembourgeois de la CCSSF (Commission de surveillance du secteur financier) et UBS.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.