Internet promeut le crime, la désunion, les contenus immoraux et l'athéisme.

La censure sur Internet ?
La censure sur Internet ? © Fotolia / Maximo Sanz

C'est en ces termes que le ministre iranien de l'Information et des Technologies de la communication, Reza Taghipour se serait exprimé en mars dernier au sujet de l'Internet mondial, autrement dit le World Wide Web. Depuis plusieurs années, c'est lui qui chapeaute le plan de développement de l'Intranet iranien, un réseau national destiné à couper du réseau mondial les millions d'internautes iraniens. Ce projet en développement depuis plusieurs années serait prêt à voir le jour. C'est la première fois qu'un réseau concurrent du World Wide Web américain pourrait être mis en place à l'échelle d'un pays. Selon les autorités iraniennes, l'Iranian Wide Web sera prêt dans cinq mois.

Ce n'est pourtant pas la première fois que l'Iran annonce une telle nouvelle. Les autorités ont d'ailleurs démenti les informations selon lesquelles la structure intranet serait prête d'ici le mois d'août. Pourtant, la persistance des informations contradictoires laissent penser que ce projet est un objectif. La question de sa faisabilité est en revanche posée.

Pourquoi mettre en place un Intranet national ?

La raison est évidente : il s'agit pour le gouvernement iranien de lutter contre ce qu'il considère être de la propogande américaine contre la République islamique. Les textes de dénonciation des violences du régime sur les blogs ou les vidéos envoyées sur YouTube sont des éléments d'information citoyenne qui ont permi au monde de prendre conscience de la répression qui s 'est abattue sur l'opposition iranienne à partir de juin 2009. Le 13 juin 2009, le gouvernement Ahmadinejad a été accusé d'avoir truqué les élections. Des milliers de manifestants sont sortis massivement dans les rues et les journalistes étrangers ont été empêchés de couvrir les événements. Les blogueurs et les journalistes citoyens sont alors devenus les relais uniques de la violence qui s'est abattue pendant plusieurs mois sur les manifestants. Ils sont dès lors devenus la cible du gouvernement très soucieux de contrôler les informations émises en Iran.

Comment pourrait fonctionner l'"Iranian Wide Web" ?

Le réseau iranien pourrait fonctionner comme un réseau d'entreprise : ce sont des administrateurs qui donneraient les accès à des personnes physiques ou des institutions après avoir étudié leurs dossiers. La censure ne peut se faire qu'à la tête du réseau à travers un contrôle des connexions et un système de filtrage des sites.

Il est possible de contourner cette censure en utilisant des proxys, des outils de contournement des fournisseurs d'accès (Orange, Bouygues, Free en France par exemple) et ainsi accéder anonymement à des sites. Le gouvernement iranien a conscience de la diffusion de tels outils chez les utilisateurs iraniens d'Internet et augmentent le contrôle des connexions.

Depuis plusieurs années, l'Internet mondial est filtré en Iran. La mise en place d'un "Iran Wide Web" serait l'aboutissement de cette politique de censure. Si elle s'applique aux utilisateurs et cherche à limiter les tentatives de dissidence, l'Iran ne peut pas se permettre de se couper totalement du monde. La coupure d'Internet en Egypte pendant cinq jours au moment de la révolution de février 2011 avait par exemple coûté au pays 90 millions de dollars. Dans les prochains mois ou les prochaines années, un Internet à deux vitesses pourrait donc voir le jour en Iran : d'un côté, un intranet grand public filtré et contrôlé et de l'autre un accès au World Wide Web pour les administrations et les institutions proches du pouvoir et les grandes entreprises. La mise en place d'une information à deux vitesses au détriment du peuple serait la première réponse structurelle d'une dictature pour contourner la propagation de l'information par Internet.

Pour le moment, les autorités iraniennes démentent toutes les informations sur le mise en place d'un intranet national. Pourtant la censure est déjà bien en place avec un filtrage permanent des sites Internet. Début février, des millions d'internautes ont perdu l'accès à leurs boîtes mail. Le régime avait décidé sans prévenir de couper les accès aux site en https autrement dit aux versions cryptées des sites comme twitter ou gmail.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.