Quatre nuits de caillassages, d'incendies et de dégradations à Stockholm et dans sa banlieue
Quatre nuits de caillassages, d'incendies et de dégradations à Stockholm et dans sa banlieue © REUTERS/Fredrik Sandberg

Cinquième nuit de violences dans la banlieue de Stockholm : neuf véhicules ont été brûlés, plusieurs départs d'incendie dans un commissariat de police... Première victime de ces manifestations, l'image de la Suède, pays (pas si) ouvert et tolérant.

Il y a eu Paris en 2005, Londres en 2011. Aujourd'hui, c'est Stockholm, la capitale suédoise, qui connaît des émeutes dans sa banlieue, où des jeunes d'origine immigrée affrontent depuis cinq nuits les forces de l'ordre.

Ces scènes de violence mettent à mal l'image d'une Suède ouverte et tolérante, depuis longtemps un modèle social pour ses partenaires européens.

Husby, dans le nord-ouest de la capitale, n'a en apparence rien d'une banlieue défavorisée - jardins publics proprets, spacieuses aires de jeux, immeubles de quelques étages qui n'ont rien à voir avec les tours des cités sans âme de la périphérie de nombreuses grandes villes européennes.

Mais quand on rencontre les gens qui vivent ici, le malaise est palpable. Chômage, harcèlement policier, racisme, exclusion sont les thèmes qui reviennent dans les conversations.

Le reportage de Claude Guibal sur place.

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E Emeutes Suède

La généreuse législation sociale qui fait de la Suède un pays envié - 480 jours de congé parental pour chaque naissance, par exemple - n'arrive pas à masquer d'autres réalités.

Environ 15% de la population est d'origine étrangère.

Le soir, les métros et les trains quittant le centre de Stockholm ramènent vers les banlieues des immigrés qui parlent arabe ou espagnol, l'air fatigué après une journée passée à des tâches ingrates. Même les immigrés de la seconde génération ont du mal à décrocher un emploi de bureau.

"Il y a tous ces immigrés en Suède, c'est un fait. Mais où sont-ils ? On a l'impression que la plupart d'entre eux vendent des hot-dogs", dit un diplomate d'un pays asiatique.

Les premières violences, dans la nuit de dimanche à lundi, ont éclaté alors que de nombreux Suédois "de souche" fêtaient le titre de champion de monde de leur équipe nationale de hockey sur glace. Les immigrés, eux, préfèrent le football. Il est vrai que l'équipement pour jouer au hockey coûte très cher.

"Les vandales, c'est le gouvernement"

"Le pire vandalisme, ce n'est pas celui auquel nous assistons depuis quelques nuits dans les banlieues", a déclaré un responsable local, Arne Johansson, lors d'une récente manifestation de protestation à Husby. "Le vandalisme, insidieux, rampant, c'est avant tout celui de la politique menée depuis sept ans par ce gouvernement de droite."

Au pouvoir depuis octobre 2006, le Premier ministre de centre droit Fredrik Reinfeldt - pour qui les émeutiers sont des 'hooligans' - a baissé les impôts et réduit le montant des allocations, des mesures qui ont soutenu la croissance mais creusé les inégalités au sein de la population.

Selon une récente étude gouvernementale, un tiers des jeunes de 16 à 29 ans dans certains quartiers défavorisés des grandes villes sont au chômage et ne suivent pas d'études.

La Suède a accueilli 43.900 demandeurs d'asile en 2012, presque 50% de plus que l'année précédente. Près de la moitié d'entre eux venaient de Syrie, d'Afghanistan et de Somalie.

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