Salle 1 : Le grand atelier de Florence ou la formation de Fra Angelico

Dès les premières années du XVe siècle, Florence est un centre économique et culturel de première importance. La présence de nombreuses congrégations, comme celles des Franciscains et des Dominicains, a une grande influence sur la production artistique. Dans leurs ateliers et scriptoriums, peintres et enlumineurs œuvrent à la diffusion d’une iconographie religieuse encore fortement marquée par le style gothique international (Lorenzo Monaco, Saint Nicolas sauvant un navire , Musée de San Marco, Florence).

L’un des tenants de cette esthétique est Lorenzo Monaco (1370-1424), auprès de qui Fra Angelico (1387-1455), alors jeune moine dominicain, poursuit sa formation. Comme son maître, ce dernier privilégie l’utilisation de couleurs appuyées, baignées d’une vive lumière qui annule les ombres. Ce procédé que l’on peut observer sur les panneaux qui illustrent les volets de l’Armoire des vasessacrés (Musée de San Marco, Florence), renforce la dimension mystique de ses compositions.

Le Couronnement de la Vierge, 1434-1435, tempera sur bois, 114 × 113 cm Galerie des Offices, Florence
Le Couronnement de la Vierge, 1434-1435, tempera sur bois, 114 × 113 cm Galerie des Offices, Florence © 2010. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Mais c’est aussi dans l’art des enluminures que s’exprime le remarquable talent de coloriste de Fra Angelico. Si cette partie de sa production a pu être éclipsée par les grands retables ou les fresques qu’il a par ailleurs réalisés, elle témoigne d’une grande finesse d’exécution. À une époque où la décoration des ouvrages est confiée aux meilleurs enlumineurs, l’élégance des miniatures de Fra Angelico confirme l’excellence de son art.

Dans ces foyers artistiques de premier plan que sont les monastères, se développe une iconographie spécifique, reflet de la grande influence qu’exerce alors l’ordre des Camaldules. Leur mode de vie érémitique inspire aux artistes des Thébaïdes , panoramas historiés où déambulent de petites figures de moines. C’est dans cet environnement foisonnant que se déroule l’apprentissage de Fra Angelico qui réalise à plusieurs reprises de telles Thébaïdes , comme celle de la Galerie des Offices de Florence, dont le modèle a peut-être été imaginé par Lorenzo Monaco lui-même.

Salle 2 : Fra Angelico et les innovations des peintres florentins

En 1417, à l’heure où Fra Angelico entre dans la confrérie dominicaine, de grands chantiers architecturaux ont déjà commencé à modifier la physionomie de Florence. C’est d’abord Lorenzo Ghiberti (1378-1455), pourtant inconnu, qui remporte en 1401 le concours pour la réalisation des nouvelles portes du Baptistère du Duomo , la cathédrale de Florence. À sa suite, des architectes comme Brunelleschi (1377-1446) et des sculpteurs comme Donatello (v. 1386-1466) vont poursuivre la transformation de la ville.

Un climat tout aussi novateur se diffuse dans l’art pictural, alors même que des personnalités comme Lorenzo Monaco ou Gentile da Fabriano (v. 1370-1427) continuent à faire briller les feux du gothique international. Ces maîtres associent le raffinement du trait et la délicatesse de la polychromie pour construire leurs compositions, à l’image du Saint François recevant les stigmates réalisé par Gentile da Fabriano (Fondation Magnani Rocca, Parme). À leurs côtés, de jeunes artistes transcrivent en peinture les innovations expérimentées par les sculpteurs florentins. L’un des premiers à incarner cette nouvelle tendance est Masolino (1383-v. 1440). Dans ses œuvres, le fond d’or médiéval s’efface progressivement pour laisser place à une construction en perspective. Paolo Uccello (1397-1475), lui aussi, intègre progressivement les nouvelles règles de la perspective, comme en témoigne le Saint Georges terrassant le dragon du Musée Jacquemart-André. Masaccio (1401-1428) et son frère Scheggia (1406-1486) privilégient, quant à eux, l’étagement des plans pour restituer les nouvelles lignes architecturales. Fort de sa formation auprès des héritiers de la peinture courtoise de la fin du Moyen Âge comme en témoigne sa Madone aux cèdres (Musée national de San Matteo, Pise), Fra Angelico s’approprie également les nouveaux préceptes développés par les grandes figures de la peinture florentine de son temps. Il apporte ainsi dans ses oeuvres une grande attention la représentation des personnages et des éléments d’architecture (Épisodes de la vie de saint Nicolas , Musées du Vatican, Cité du Vatican).

Vierge à l’Enfant, Tempera sur bois, 99,5 x 66,8 cm Galerie Sabauda, Turin
Vierge à l’Enfant, Tempera sur bois, 99,5 x 66,8 cm Galerie Sabauda, Turin © 2011. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Salle 3 : Fra Angelico, un nouvel art de la narration

À l’époque de Fra Angelico, artistes et commanditaires entretiennent des relations complexes. En effet, la réalisation des panneaux peints est soumise à l’appréciation du particulier ou de l’institution à l’origine de la commande qui détermine le sujet et oriente les choix formels. Par goût ou par tradition, les commanditaires préfèrent le plus souvent des formules dont le succès est déjà éprouvé.

C’est tout particulièrement le cas pour les retables d’autel, traditionnellement formés d’un panneau central entouré de deux volets latéraux pour former un triptyque. Plutôt que d’adopter ce type de composition, Fra Angelico souhaiterait unifier l’espace en un seul tableau mais sa formule est jugée trop révolutionnaire. Pour plaire, il doit continuer à peindre selon les canons médiévaux dont ses contemporains cherchent à s’émanciper en maintenant une séparation formelle entre les panneaux d’un même retable.

C’est seulement sur les prédelles, dans la partie inférieure du retable, que Fra Angelico peut faire preuve d’audace car ces éléments ont moins d’importance aux yeux des commanditaires. Conçus comme un complément aux panneaux principaux, ces prédelles sont généralement composées de plusieurs scènes : les artistes ont ainsi pour habitude d’y raconter plusieurs épisodes de la vie d’un saint, lorsque celui-ci est représenté en pied dans le registre supérieur. C’est sur ces panneaux de petite dimension où il se plaît à marier couleurs raffinées et effets de perspective que les innovations de Fra Angelico sont les plus fortes.

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