Historicisme

Cristóbal Balenciaga séduit le public parisien avec ses collections empreintes d’histoire. comme en témoignent sa collection privée et sa volumineuse bibliothèque, le passé est pour lui une source inépuisable de connaissance et d’inspiration. dès 1939, ses robes marquent le début d’une période dominée par les silhouettes d’infante, les fastes perdus des cours européennes, la combinaison d’étoffes majestueuses richement ornées et brodées, en écho aux oeuvres des grands maîtres de la peinture espagnole – velázquez, Zurbarán, goya ou son contemporain et ami Zuloaga.

Collection privée Cristóbal Balenciaga.  Collet, vers 1895. Taffetas noir surpiqué crème.
Collection privée Cristóbal Balenciaga. Collet, vers 1895. Taffetas noir surpiqué crème. © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Tailles empire, robes à tournure ou à pouf, traînes en queues d’écrevisse ou de paon... le couturier transpose les modes passées pour inventer les silhouettes si caractéristiques de son style.

Epure et formes géométriques

Né en 1895, Balenciaga connaît les derniers vestiges de la couture corsetée du xixe siècle, il accompagne la libération de la femme après la Première guerre Mondiale et interprète les besoins d’un nouveau mode de vie au féminin : c’est la silhouette Balenciaga. des volumes loin du corps accentués dans le dos, tenus aux épaules, à peine posés sur les hanches sont le dessein, grandeur nature, d’un perfectionniste. dès ses premières collections parisiennes jusqu’aux années soixante – des lignes baptisées par la presse : tonneau (1947), ballon (1950), semiajustée (1951), tunique (1955), à celle de la «robe-sac» (1957) – Balenciaga n’aura de cesse de rechercher l’aisance, de jouer l’épure en éliminant le détail superflu et en simplifiant la construction. Et ce jusqu’à la confrontation du noir avec la couleur y compris par le jeu de rayures... Oui, le maître est «architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur...»

Robes monacales

Manteau du soir "Papillon", 1968. Faille de soie vert d'eau / Rode de Vierge, c. 1750-1800. Satin de soie crème brodé de soie
Manteau du soir "Papillon", 1968. Faille de soie vert d'eau / Rode de Vierge, c. 1750-1800. Satin de soie crème brodé de soie © E. Emo et A. Llaurency / Galliera / Roger-Viollet © Stéphane Piera / Galliera / Roger-Viollet

«D’abord, il y a le tissu», dit-il, «après seulement le couturier». À la somptuosité des tissus – velours de soie, gazar, faille, radzimir, taffetas, satin... le couturier oppose l’apparente simplicité de ses lignes. il y a chez Balenciaga des citations de chape, d’étole, de chasuble ou de dalmatique... des lignes pures, strictes, obsessionnellement mesurées et pensées qui mènent à ces vêtements sacerdotaux aux couleurs liturgiques : ivoire, crème, écru, vert, rouge, violet... Aussi des citations de techniques et de motifs de broderie extraites des plus anciennes pièces de sa collection privée comme sa robe de vierge du xviiie siècle. edmonde charles-roux, alors rédactrice en chef de Vogue, n’écrivait-elle pas «qu’assister à une présentation d’une collection Balenciaga était comme d’aller à la messe»?

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