Le parcours musical de l’exposition offre au public le Brassens qu’il aime et d’autres pépites inédites. Il permet d’entendre des archives sonores méconnues réunies par Clémentine Deroudille, et un univers musical confié au musicien Olivier Daviaud , rassemblant de nombreuses chansons de l’artiste, mais aussi plusieurs textes inédits mis en musique pour l’exposition avec les participations de François Morel et Bertrand Belin .

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L’apprentissage de la liberté

la première partie de l’exposition explore les différentes étapes de la jeunesse du jeune Brassens qui ont nourri la formation d’un esprit libre : l’enfance à Sète, bercé par les refrains de l’époque, entre une mère d’origine italienne, fervente catholique et un père maçon, athée et libre penseur ; l’initiation à la poésie grâce à son professeur de français Alphonse Bonnafé ; ses premiers poèmes pour séduire les filles, le goût pour le cinéma, le banjo avec les amis sur la plage, les concerts dans les bistrots de Sète.

Le tournant a lieu à la fin des années 30 quand une condamnation de 15 jours de prison avec sursis met fin aux quatre cents coups : l’occasion toute trouvée de quitter Sète et de tenter sa chance à Paris ; arrivé en février 1940, le jeune homme travaille à peine quelques mois aux Usines Renault puis c’est l’exode et la décision, de retour dans la capitale occupée, de ne plus se prêter au jeu social en travaillant. La période est marquée par ses premiers écrits publiés à compte d’auteur qui ne rencontrent aucun succès et la volonté de devenir poète. Elle se clôt par le séjour à Basdorf, dans le cadre du Service du travail obligatoire où Brassens se forge des amitiés durables et compose de nombreuses chansons enregistrées plus tard.

Auprès de mon arbre

la seconde partie est le coeur de l’exposition :

« L’arbre » de Brassens se trouve en plein Paris, dans le 14e arrondissement, quartier qu’il fera sien. Le jeune homme s’est réfugié au 9 impasse Florimont, à l’occasion d’une permission donnée à Basdorf. Il y restera 22 ans, au début dans le plus grand dénuement, toujours soutenu et encouragé par Jeanne. Bien que mariée avec Marcel, et de 30 ans plus âgée que Georges, Jeanne est tombée sous le charme du jeune poète sans le sou. C’est dans ce cadre peu banal que le chanteur écrira la plupart de ses chansons.

Les « racines » de Brassens, c’est aussi la littérature : il fréquente assidument la bibliothèque du quartier où il passe des journées entières à lire, étudier la versification et se forger une culture littéraire qui le hisserait à la hauteur des auteurs qu’il admire : Villon, Hugo, Baudelaire, Gide... Il flâne sur les quais de Seine pour chiner des éditions rares. Son érudition et son éclectisme nourrissent ses textes futurs, un imaginaire hors du temps, drôle ou mélancolique, parfois irrévérencieux ou même grivois, qui constitue un paysage familier.

Le temps de la composition : les manuscrits présentés illustrent le processus d’écriture et les techniques de composition d’une chanson. Les partitions inédites de Brassens enseignent de quelle façon l’artiste, sans avoir reçu de formation musicale, a appris la musique et la composition en autodidacte. On mesure combien, dans la maturation d’une chanson, texte et musique sont parfaitement indissociables, le rythme du vers conditionnant le choix des notes d’abord composées au piano avant d’être transposées à la guitare.

Georges Brassens manifeste
Georges Brassens manifeste © Joann Sfar
**Le spectacle** L’exposition quitte l’intimité de la composition pour les lumières de la scène. On découvre les débuts timides de celui qui n’avait à l’origine pour ambition que d’écrire pour les autres. Plusieurs rencontres sont décisives dans la carrière de Brassens : celles avec le chansonnier Jacques Grello, la chanteuse Patachou, le découvreur de talents de l’époque Jacques Canetti. Des premiers pas sur scène dans les cabarets en 1952, à la consécration en 1954, le succès de Brassens est fulgurant. L’artiste à la dégaine d’« ours mal léché » devient un familier des grandes salles parisiennes : il se produit au TNP, à l’Olympia, et fait sienne la grande salle de Bobino. Le sédentaire passait également de longs mois en tournée. Homme de scène, l’artiste raconte également à lui seul une histoire du disque en France, depuis l’arrivée du microsillon au succès du 33 tours. Philips inaugura une presse uniquement destinée à la production Brassens ! En 1984, il avait vendu plus de 33 millions de disques. Quand on songe que les premiers furent retirés de la vente pour cause de censure ! **Le succès de Brassens** En quelques années, Georges Brassens est passé du soufre aux paillettes pour devenir un véritable monument de la chanson française. Il reçoit **le grand Prix de la Poésie en 1967** , intègre **le Larousse** mais refuse d’entrer à l’Académie française ! Il devient le père spirituel d’une nouvelle génération d’artistes qu’il soutient, notamment grâce à ses premières parties. Au remariage de Jeanne en 1966, il finit par quitter l’impasse pour vivre dans un pavillon bourgeois du quinzième arrondissement. Brassens ne cesse d’écrire et de composer jusqu’à sa disparition en octobre 1981. Disparition qu’il organise méthodiquement en prenant soin de laisser ses dernières chansons dans un carnet présenté dans l’exposition à côté de sa dernière guitare. ![](sites/default/files/2011/06/27/76625/videos/video-TSD8RPDViMM.jpg){% video 27872132-a0b7-11e0-b8ee-842b2b72cd1d %}**Brassens multiple** L’espace du bas offre différents éclairages sur la postérité de Brassens, une façon de découvrir un « Brassens multiple » que chacun a pu, et peut à nouveau, se réapproprier. On découvre que ce sédentaire, ce héraut de la liberté et de l’individu, a franchi les frontières et séduit un public immense où se retrouvent toutes les générations. Sait-on que Brassens a été une star en Italie – et en italien – grâce à son interprète **Fabrizio De André** qui a permis, dans les années 70, de le faire entrer au Panthéon des chansons populaires italiennes ? Peut-on imaginer Brassens dansé dans les faubourgs de Douala sur des rythmes africains ? Ses chansons, autrefois interdites en France, sont désormais enseignées à l’école en Afrique et en Italie où il est un ambassadeur phare de la culture française, lui qui détestait les institutions et les voyages ! Autre versant de cette postérité, la façon dont l’homme discret s’est trouvé reproduit sur de nombreux gadgets, verres, dessous de table et autres objets. Une vitrine montre avec humour de quelle façon l’artiste est aussi entré dans les foyers ! **La reproduction des manuscrits de Brassens** et **les guides d’écoutes** permettront aux visiteurs d’approfondir leur découverte de l’artiste à travers la richesse de ses textes et de ses musiques, pendant que leurs enfants pourront dessiner, imiter Brassens, ou apprendre de nouveaux gros mots. Pour terminer la visite en beauté **la projection du concert donné par Brassens à Bobino en 1969** vous est proposée.
Georges Brassens
Georges Brassens © Jean-PierreLeloir
**Pour les enfants** À hauteur des jeunes visiteurs, de multiples surprises ponctuent la visite, pour que parents et enfants puissent partager ensemble l’exposition, ou la découvrent chacun à sa façon : les enfants sont libres de faire ce qu’ils n’ont pas le droit de faire habituellement : voler des bijoux, tirer les poils de chats, parler de travers, lire des bandes-dessinées pour les grands, emmêler et reconstituer une pochette de disque, se prendre pour Brassens, toucher des guitares, dire des gros mots… Dans l’espace du rez-de-chaussée, au fil du parcours, plusieurs dispositifs sont destinés aux enfants, pour les inviter à regarder les œuvres présentées et découvrir l’univers de Brassens. Ainsi près des manuscrits du chanteur, ils peuvent à leur tour s’amuser à reconstituer des phrases à partir des paroles de Brassens et inventer des sens nouveaux : « Satan avait pondu un puissant gorille », « L’enfant de chœur a vu son corsage », ou encore « La femelle du canton va venir embrocher un œuf »… Des puzzles, des matières à toucher leur permettent également de jouer avec les visuels de l’exposition. Dans l’espace du bas, les enfants peuvent dessiner leur propre vision de Brassens et de ses chansons, prendre le temps d’écouter sa musique, et essayer d’autres jeux imaginés pour eux. Le panneau des gros mots leur propose de décrypter des gros mots, cachés derrière des rébus, qui leur sont plus ou moins familiers (c’est l’occasion d’en apprendre de nouveaux !), puis d’écouter un passage de la chanson où Brassens les utilise allègrement ! En plaçant leur tête dans des silhouettes découpées, munies de véritables guitares et placées face à un miroir, les enfants peuvent se prendre pour Brassens le temps d’une chanson.
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